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du Stanley-Pool, au confluent des grands courans commerciaux du bassin Congolais ; ils ont même abandonné les territoires entre Comba et Brazzaville pour se rapprocher du fleuve.

C’est dans cette trouée que les Bassoundis ont pénétré, descendant eux aussi du Nord, parallèlement aux Batékés. Là, ils ont englobé les Bagangalas, dont les derniers représentans sont établis autour de Comba, ainsi que les Ogangalas des alentours de Biédi. Les Bassoundis se sont ainsi trouvés limités à l’Est par les Batékés et les Ballalis, à l’Ouest par les Bakambas. Se heurtant au Sud aux territoires Bacongos, ils ont reflué vers l’Ouest, vers l’Océan, but suprême, et passant derrière l’enclave portugaise de Gabinda, ils se sont étendus jusqu’aux derniers contreforts du Mayombe, au Sud de Loudima.

Le Bassoundi est donc la race la plus dense, la plus importante du Congo, el, d’après ce que nous en savons, elle est aussi la plus turbulente. Ses méfaits ne se comptent plus. Les nombreux récits que j’ai entendus sur les crimes commis par les Bassoundis permettent de juger qu’ils opèrent principalement dans deux régions, à l’Ouest de Comba, aux environs de Balimoéké, et à l’Est de Comba, dans le territoire de Foulembao.

Aux environs de Balimoéké, ils sont dirigés par un brigand célèbre : Mabiala Minganga, Mabiala le Grand, ayant comme lieutenant son neveu Mabiala N’Kinké, Mabiala le Petit. Ce sont eux qui, en 1892, ont assassiné l’administrateur M. Laval. Ce meurtre est resté impuni. On a bien tenté de s’emparer de Mabiala Minganga, mais sans y réussir, et cet échec n’a fait qu’accroître le prestige déjà considérable du chef, car celui-ci est, de plus, grand féticheur ; A la suite de ce meurtre, Mabiala a disparu, nul ne sait où il se cache, on a seulement la certitude qu’il existe toujours et que son influence continue à s’exercer contre nous. Quant à Mabiala N’Kinké, bien qu’on fût certain de sa participation à l’assassinat de M. Laval, on n’a pas pu prouver sa culpabilité ; il continue de commander le village de Balimoéké, un des premiers villages sur la route de Comba, près de la rivière Ouali-Ouali. Des porteurs, des miliciens ont disparu, nul doute que le neveu, sous la direction de l’oncle, ne soit l’auteur de ces disparitions. Malheureusement, cette conviction ne s’étaie sur aucune preuve. A-t-on vraiment cherché à avoir cette preuve ? Dans l’état de faiblesse de la colonie, toute répression est impossible, Il y a quelques jours,