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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/850

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décret, comme celui de 1903, en Afrique Occidentale, renferme-t-il des clauses relatives aux musulmans, et n’en contient-il aucune à l’égard des indigènes chrétiens ? Ceux-ci restent soumis à toutes les coutumes locales concernant leurs frères totémistes, animistes ou autres. Ils peuvent bien se réclamer de la justice française ; toutefois, il faut pour cela que les deux parties soient d’accord sur ce point ; le privilège est faible et le plus souvent sans effet.

Les indigènes chrétiens, il est vrai, sont en très petit nombre, du moins ceux qui le sont réellement et qui peuplent quelques villes du Bas-Sénégal évangélisées depuis de longues années ; les autres, comme ceux du Congo, ne sont encore chrétiens que superficiellement. Je le reconnais, mais la plupart des musulmans protégés par le décret ne sont musulmans, eux aussi, que superficiellement. Et puis, les convictions d’un millier d’individus ne doivent-elles pas être respectées autant que celles d’un million ?

Quelles que soient les opinions sur les religions indigènes, sur leur amélioration ou leur remplacement par une autre, les hommes sans parti pris ne peuvent que s’incliner devant le dévouement des missionnaires. Ils sacrifient leur vie, non seulement pour que les indigènes connaissent leur Dieu, mais aussi pour qu’ils connaissent la France. N’auraient-ils atteint que ce dernier résultat, ils n’auraient pas perdu leur temps. Ils n’ont pas d’illusions sur la valeur présente des conversions obtenues, mais ils ont confiance dans l’avenir, ils n’ont pas la prétention de transformer des mœurs en un jour ; ils cherchent d’abord à les améliorer tout en répandant notre langue et en faisant aimer notre drapeau. Ils vivent sur cette parole : la destinée de l’homme n’est pas de toucher le but, mais d’être toujours en marche ; et cette marche, avec l’infini pour flambeau, se continuera au-delà du tombeau.


* * *

Au soleil levant, nous avons quitté Bouenza ; l’air frais est rempli de la senteur des herbes mouillées par la rosée de la nuit ; les pagayeurs qui approchent du but pressent la marche. Nous glissons sous les arbres penchés, nous frôlons les roseaux de la berge, les feuilles encore humides brillent dans la lumière matinale.