Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/819

Cette page n’a pas encore été corrigée


4 heures.

Il est calme ; il sommeille. Il appelle Mlle Geoffroy ; il lui dit : « Dites à ma fille qu’elle ne croie pas avoir des torts ; que lorsqu’elle eût été ici, elle n’y aurait rien fait, Dites-lui avec douceur. Je sais qu’elle m’aime beaucoup, qu’elle m’a bien aimé. »


5 heures.

L’agitation est revenue ; il s’est levé et s’est promené longtemps dans sa chambre, sans sentir sa jambe : la fièvre le soutient ; ses idées sont exaltées et incohérentes. Il a appelé fortement ma nièce, ma nièce, puis il lui a pris le bras et ne lui a rien dit. Il confond souvent les noms de ma fille, ma nièce, mais il se reprend tout de suite et ne témoigne aucun regret de s’être trompé. Il sait toujours quelles sont les personnes qui l’entourent et n’en demande aucune autre.


7 heures.

Calme et discours bas et inintelligibles.


10 heures et demie du soir. L’agitation a repris après plusieurs heures de calme ; il rêve, il parle beaucoup, sans qu’on puisse le comprendre. Il parle de son frère : « Mon pauvre frère, si bon, si pur ! » Il prie, il dit : « Dieu est bon, je me confie, » puis il s’interrompt. Il prononça : « Mon adorable femme. » Il parle encore ; on n’entend pas ce qu’il dit, il appelle sa voisine, sa bonne voisine, puis il ne l’a pas reconnue. Il dit : « Diodati est-il là ? » puis il revient à son frère, il le demande avec force, il dit : « Je veux le voir ; ce n’est pas que j’aie rien à lui dire, mais je veux le voir. » Son frère est entré ; il ne lui a rien dit. Il mêle l’idée de sa fille à son ouvrage. « J’assure qu’elle n’y a pas travaillé ; il faut le dire. »


Minuit.

Le calme est revenu, il dort d’un sommeil tranquille, la poitrine est dégagée, plus de hoquet du tout. Il ne souffre pas.

La nuit du dimanche au lundi a été moins agitée ; il a prié beaucoup ; sur les 3 heures, il a dit à haute voix : « O mon Dieu, mon juge, mon Sauveur, voici ton serviteur qui va à la mort à grands pas. » Les idées religieuses occupent toutes ses pensées, quelque incohérentes qu’elles soient.


Lundi, 10 heures du matin.

Depuis 4 ou 5 heures il ne veut plus prendre ni remèdes ni boissons ; il dit : « Non, non, plus rien. » Il ne reconnaît personne, mais il prie sans suite ; on entend les mots de : Mon Dieu, pardon, indulgence, confiance.


11 heures et demie.

On veut lui donner les poudres de gems, il s’y est refusé vivement, il a dit d’une voix forte : Non, non. Ses mouvemens sont pleins de force.