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peuple pour contenir son ardeur, régler ses mouvemens, et, les autorités anciennes devant lesquelles elle avait l’habitude de s’incliner ayant disparu, la religion demeure la seule à laquelle elle puisse obéir.

L’ouvrage lui-même est un recueil de discours ou plutôt de véritables sermons. M. Necker dit en effet dans la préface qu’il avait supposé, « par une fiction permise, qu’un pasteur d’un âge avancé prononçait les discours dont cet ouvrage formait la réunion. » Poussant la fiction jusqu’au bout, il allait jusqu’à imaginer qu’un de ces sermons, celui sur l’amour conjugal, était prononcé par lui-même dans le temple de Coppet dont il suivait régulièrement les exercices [1]. Chaque discours, — il y en a vingt-huit, — a pour sujet un point de morale, mais est précédé d’un texte approprié. La plupart de ces textes sont tirés de la Bible dont on sent que M. Necker avait fait une lecture approfondie, car des citations non seulement des Psaumes, mais du Pentateuque ou des Livres Sapientiaux, entre autres de l’Ecclésiaste, y reviennent continuellement. Très peu de textes sont tirés de l’Evangile, bien que l’un des derniers discours, qui est en quelque sorte la conclusion des précédens, soit consacré à l’exaltation de la religion chrétienne. Inutile de dire que ces discours, ces sermons plutôt, inspiraient à Mme de Staël une profonde admiration. Elle y voyait le plus puissant des réconforts contre les épreuves de la vie. Lorsque Christin, ce jeune Neuchâtelois auquel elle s’était intéressée, fut arbitrairement emprisonné par l’ordre du Premier Consul, elle lui fit parvenir le Cours de Morale religieuse, comme on ferait parvenir à un prisonnier la Bible ou l’Évangile, et Christin la remerciait en ces termes : « Le respect que m’inspire son auteur, la belle âme qui a dicté les discours et le style enchanteur de tout ce qui sort de cette plume vraiment unique m’assurent que ce livre va être pour moi une source de consolation et de plaisir [2]. »

Sans partager l’admiration un peu excessive de Mme de Staël, il faut reconnaître qu’il y a dans ces discours d’assez belles

  1. Frappé de ce que le culte protestant, tel qu’il était pratiqué en Suisse, présentait d’un peu froid, M. Necker avait, dans un de ses écrits, tracé le plan d’une liturgie où le sermon aurait alterné avec des chants et des prières. Cette liturgie ressemble beaucoup à celle qu’ont adoptée certaines églises protestantes.
  2. Archives de Coppet. Cette lettre a été citée par M. Fréd. Barbey dans l’étude qu’il a consacrée à Christin et Mme de Staël dans son intéressant ouvrage : Au service des Rois et de la Révolution, p. 150.