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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/796

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d’abandon entre les mains du pouvoir personnel, » et finit par ce cri révolutionnaire : « Dans ce moment-ci, croyez-moi, la France, compromise par les égaremens du pouvoir personnel, veut se sauver par ses propres mains. » (Vive approbation et applaudissemens à gauche.) Sur quoi Duvernois s’était levé et avait répondu : « L’honorable M. de Kératry a examiné la question qui nous occupe avec une modération à laquelle je rends hommage. » Avec de tels adversaires devant eux, pourquoi Messieurs de l’Opposition se seraient-ils gênés ?

Toutefois Palikao perdit patience et parla comme il convient : « Il y a des Prussiens dans la population de Paris, et je puis vous le prouver. C’est donc contre l’ennemi extérieur et contre l’ennemi intérieur que nous dirigeons tous nos efforts, et nous ne cesserons que quand la patrie sera délivrée de l’ennemi intérieur. (Vive approbation.) Vous pouvez compter sur une fermeté inébranlable de ma part. J’ai en mains tous les moyens nécessaires contre les désordres qui pourraient se produire, et je réponds à la Chambre de la tranquillité de Paris. » (Bravos et applaudissemens.)

Jules Favre défendit avec âpreté l’argumentation de Kératry : « Je suis de ceux qui pensent que les malheurs de la patrie sont dus exclusivement au système politique auquel elle s’est confiée. Mais si cette opinion peut être combattue, ce que je reconnais, il en est une qui ne rencontrera pas de contradicteurs : c’est que ces malheurs sont dus à une direction fatale, dont personne, dans cette enceinte, ne voudrait prendre la défense, direction qui peut sans exagération se traduire par l’un ou l’autre mot : ineptie ou trahison ! (Bruits divers. Laissez parler ! laissez parler ! ) Depuis que la Chambre est assemblée, la politique semble avoir subi une déviation singulière ; il n’en est plus question. De telle sorte que la nation française ne sait pas pourquoi elle va mourir. »

De vives et nombreuses agitations, des cris : A l’ordre ! accueillent ces paroles. Plusieurs membres se lèvent et interpellent l’orateur : « Nous armons le pays, s’écrie Chevreau, et vous le désarmez par vos paroles. — Ne découragez pas l’armée ! » ajoute Palikao. Et avec colère : « Un ministre de la Guerre français ne peut entendre de telles paroles. » Il se lève, très animé, quitte la salle des séances. Les députés de la Gauche se demandent si le général ne va pas préparer un acte de