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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/782

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une gravité qu’il n’avait réellement pas, et qui n’a rien que de très simple et de très naturel dans l’état des choses : il s’agit de la nomination de M. le général Trochu au commandement supérieur de Paris. (Écoutez, écoutez.) Depuis le peu de jours que nous sommes au pouvoir, nous avons fait tous les efforts possibles pour mettre Paris en état de défense, non pas, messieurs, que nous craignions l’apparition immédiate de l’ennemi, — non, nous n’en sommes pas là, — mais il fallait coordonner ce que nous avons fait, il fallait concentrer tout ce qui se rattache à la défense de la capitale entre les mains d’un seul homme, et cet homme, il fallait qu’il fût énergique et dévoué. — Auparavant, j’avais donné le commandement d’un corps d’armée à M. le général Trochu dont je connais et apprécie la valeur. (Très bien ! très bien.) — Cherchant, comme je vous le disais, un homme intelligent, actif, énergique, capable de réunir dans sa main tous les pouvoirs nécessaires pour effectuer l’armement de Paris, j’ai songé à M. le général Trochu, et je l’ai rappelé moi-même du camp où il pouvait être remplacé par un autre général. (Très bien.) — Voilà, messieurs, le motif qui m’a fait rappeler à Paris le général Trochu, il n’y en a pas d’autre ; nous n’avons pas la moindre inquiétude en ce moment, au contraire ! » (Vives approbations et applaudissemens.)

Trochu, dans une lettre au Temps, présenta au public le commentaire de son paragraphe ambigu : « L’erreur de tous les gouvernemens que j’ai connus a été de considérer la force comme l’ultima ratio du pouvoir. Tous, à des degrés différens, ont relégué au second plan la vraie force, la seule qui soit efficace dans tous les temps, la seule qui soit décisive quand il s’agit de résoudre les difficiles problèmes qui agitent la civilisation, la force morale. Tous, à des degrés différens, ont été personnels, n’apercevant pas le pouvoir impersonnel qui ne se considère que comme la délégation de la nation, qui ne conçoit et n’agit que dans l’intérêt de la nation, jamais dans le sien propre, qui se soumet à tous les contrôles qu’il plait à la nation de lui appliquer, qui les tient pour sa sauvegarde, qui est loyal, juste, ardent pour le bien public, professeur d’honnêteté publique, et seul en possession de cette force morale dont j’ai défini la puissance. L’idée de maintenir l’ordre par la force des baïonnettes, du sabre, dans Paris livré aux plus légitimes angoisses et aux malheurs qui en sont les suites, me remplit d’horreur et de