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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/74

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pour la route quelqu’un qui l’amusât ; enfin je te fais passer sous les yeux divers projets ; j’en ai formé cent pendant ces quatre jours ; j’aime cette petite à la folie.

Je t’écrirai sous le couvert de M. Merian après-demain ; je te supplie d’aller à Genève, je suis tourmentée de te savoir à Coppet. De Weimar il n’y a que deux courriers par semaine et très inexacts, je t’en avertis ; mais tu peux être sûr que je t’écrirai toujours trois fois, et, si quelqu’un de nous était malade, c’est alors surtout que tu aurais des lettres, car moi ou un autre, nous écririons tous les jours.

J’ai reçu une lettre de Mathieu depuis celle de Lebrun que je t’ai adressée ; il n’attache pas une grande importance au conseil de Lebrun ; ma lettre et ma déclaration avaient été envoyées, il n’en avait pas entendu parler et prenait cela pour un bon signe.

Un grand embarras à Berlin, c’est la présentation à la Cour ; il faut être présentée par son ministre et, malgré ma lettre à Laforêt, me présentera-t-il ? Le roi de Suède passe l’hiver à Carlsruhe, singulière idée pour un roi ; il oublie que même le roi des échecs ne remue pas. La flotte, comme tu sais, a fait voile le 16 novembre avec Augereau pour l’Irlande ; juste ciel, qu’en arrivera-t-il ? Les Anglais, qui se moquent de l’idée d’une descente en Angleterre, ont quelque inquiétude pour l’Irlande.

J’en ai de cette ville-ci par-dessus les yeux ; on m’y a reçue de manière à ce que je puisse dire que c’est très bien, mais avec des yeux fins, on y pourrait trouver des nuances non de ma disgrâce, mais de mon républicanisme. J’ai reçu deux lettres de toi depuis ma dernière ; adresse toujours tes lettres ici.


Francfort, ce 27 novembre.

Albertine va beaucoup mieux, cher ami ; elle n’a plus de fièvre et l’appétit revient, mais si pareil accès lui revenait à Weimar, je croirais que l’air, les poêles et la nourriture d’Allemagne lui font mal et je reviendrais tout de suite à Strasbourg. Il faut que je donne un prétexte à mon expédition d’Allemagne et les hommes de lettres de Weimar en sont un suffisant ; enfin je me déciderai là ; à chaque station j’espère toujours qu’elle sera la dernière. Je crois que jeudi prochain 1er décembre, ma fille sera en état de se remettre en route ; écris-moi toujours ici ; ce n’est qu’en montant en voiture pour Weimar, que je te donnerai mon adresse là.

La flotte de Brest est, dit-on, sortie ; on répand sans cesse des bruits sur sa prétendue défaite, mais c’est l’esprit de cette ville, si toutefois le mot d’esprit, en aucun sens, peut y être appliqué. En lisant les papiers anglais, on a bien l’idée de beaucoup d’esprit public dans la nation, mais d’aucune habileté dans le gouvernement, ce qui est toujours, ce me semble, une raison d’inquiétude pour les Anglais. On dit d’ailleurs ici que M. de Markoff va partir sans avoir de successeur et que le continent se brouillera, mais que signifient les « on-dit » de Francfort ? Tu dois savoir à présent les nouvelles bien mieux que moi. J’ai reçu deux lettres de toi de Metz, qui m’ont désolée parce que tu étais inquiet de mon silence et je ne puis concevoir encore comment ce silence est arrivé. On m’assure que je serai reçue à ravir en Saxe ; c’est possible par les individus, mais j’ai toujours une raison de