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la Chambre ? Leurs personnes sont revenues, soit ; mais que sont devenues leurs idées ? De là la difficulté de faire une vraie majorité.

Rien n’est plus simple, dit cependant M. Combes : il suffit de revenir à l’ancien bloc, qui a si brillamment et surtout si honorablement fait les affaires de la République depuis la dissolution des congrégations religieuses jusqu’à l’introduction des fiches dans l’armée. Admettons les socialistes unifiés dans la majorité. Ils sont plus de cent, on ne peut pas les négliger, il faut donc s’unifier avec eux. — C’est le conseil de M. Combes, et on n’en attendait pas d’autre de lui. Mais comment faire ? Les socialistes unifiés sont les adversaires de la loi de trois ans et la plupart des radicaux ont promis de la maintenir ; les socialistes unifiés sont partisans de la déclaration contrôlée, et la plupart des radicaux se sont engagés à la repousser. La reconstitution du bloc est donc difficile. Oh ! nous le savons bien, on peut louvoyer, équivoquer, construire des phrases laborieuses qui disent à la fois oui et non. M. de Monzie, ancien membre du ministère Barthou, en a fourni un exemple qui, à la vérité, n’a pas été très goûté. Il n’a pas eu ce qu’on appelle une bonne presse, lorsqu’il s’est déclaré prêt à mettre en cause avec M. Jaurès les bases mêmes de notre organisation militaire, dont tout le monde, dit-il, reconnaît les graves défauts. Se propose-t-il de tromper M. Jaurès ? Est-il résigné à lui livrer l’armée nationale après discussion et marchandage ? Nous l’ignorons. Le plus probable est que les radicaux se diviseront. Les uns iront à M. Jaurès. D’autres, retenus par leurs promesses électorales ou sincèrement soucieux des intérêts vitaux du pays, se refuseront à cette servitude. Quelques-uns enfin resteront indécis, instables, inconsistans entre le pour et le contre, apportant au parti qu’ils serviront un jour pour le trahir le lendemain la faiblesse qui est en eux. Ce sont là, pour faire une majorité durable, de plus grandes difficultés que ne paraît le croire M. Combes, dans la simplicité rudimentaire de son esprit. Et si elle se formait, pourrait-on lui donner le nom de majorité de gouvernement ? Quoi ! un gouvernement s’appuierait sur les révolutionnaires, les ennemis de la société, les adversaires de l’armée ! Est-ce là ce qu’on nous offre ? Le paradoxe a pu réussir et se maintenir pendant quelques mois avant les élections parce qu’on 9’était mis d’accord pour ne rien faire. On marquait le pas. Mais peut-il en être de même aujourd’hui ? Jusqu’à preuve du contraire, nous persistons à croire que la majorité de M. Combes n’est pas viable.

Une seule le serait, peut-être, celle qui s’appuierait sur le principe