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une image frappante. « Nous avons, a-t-il dit, établi une passerelle rejoignant les deux piles du pont : il faut maintenant jeter le tablier. » C’est cette seconde partie de sa tâche que le général Lyautey va maintenant entreprendre.

La « passerelle » d’ailleurs est déjà solide, puisque le général a pu la traverser lui-même à la hâte et aller toucher barre à Oudjda, le siège de son dernier commandement militaire en Algérie. Il a dû éprouver alors une satisfaction intime et profonde, qui est pour lui la meilleure des récompenses. Y en a-t-il de plus grande que celle que donne à un homme d’action la pleine réalisation d’un plan depuis longtemps conçu et préparé ? L’intelligence est satisfaite, la conscience aussi : on se rend à soi-même le témoignage que donnent à la fois le succès obtenu et le devoir accompli. Certes, il reste encore beaucoup à faire au Maroc, mais les grands coups sont portés et, quand on songe à tout ce qui a été fait en deux ans, on peut regarder l’avenir avec confiance. Nos officiers et nos soldats se sont montrés dignes de leurs devanciers sur cette terre d’Afrique où nous avons déjà dépensé tant d’héroïsme. Les Chambres vont se réunir, et leur premier acte sera d’exprimer comme il convient aux uns et aux autres l’admiration et la reconnaissance du pays.


Ce devoir sera agréable à remplir, mais aussitôt après la Chambre se trouvera en présence de plusieurs autres qui lui causeront plus de soucis. Nous publions, dans une autre partie de la Revue, une étude sur sa composition, sur la force numérique qu’y présentent les divers partis, ou plutôt les divers groupes, car y a-t-il chez nous des partis sérieusement organisés ? Les groupes sont caractérisés par la prédominance des intérêts particuliers ; les partis, par la prédominance des idées. Le parti radical-socialiste a-t-il des idées ? On a pu le croire après le congrès de Pau ; il est plus difficile de le faire après les élections. Au congrès de Pau, il a rédigé un programme qui assurément était détestable, mais qui tout de même en était un : au cours des élections, ses candidats l’ont presque tous tellement estompé, atténué, émasculé, qu’il n’en est plus resté grand’chose. La plupart d’entre eux n’ont pas hésité à reconnaître que le service de trois ans était actuellement une nécessité. Ils n’ont pas hésité davantage à repousser, dans l’établissement d’un impôt sur le revenu, la déclaration contrôlée, sans laquelle, s’il faut en croire le congrès, il n’y a pas d’impôt sur le revenu possible. Comment donc les radicaux-socialistes pourraient-ils soutenir qu’ils ont une majorité sincère à