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les grammaires et les vocabulaires du latin, du grec, de l’hébreu et de l’arabe. Les comparaisons ne sont pas toujours heureuses mais le principe est posé, et la voie se trouve ouverte pour les recherches ultérieures.

Enfin Roger Bacon a l’idée d’une grammaire générale ou universelle, la grammaire étant pour lui la même en substance dans toutes les langues et les différences étant accidentelles. Elle chercherait l’origine du langage, elle étudierait les signes par rapport à la pensée, signes naturels, joints aux choses ou les rappelant par ressemblance, et signes d’invention humaine, involontaires ou conventionnels. Par l’examen de l’équivoque et de l’analogie, elle montrerait que le mot ne peut être attribué à des sujets divers, quand on lui donne toujours le même sens, qu’il n’est pas légitime de conclure de l’identité de l’un à celle de l’autre, qu’il faut définir les mots avec grand soin, puisqu’ils changent d’acception et prêtent à l’ambiguïté.

Avec la même ardeur, Roger Bacon s’assimile les connaissances qu’ont laissées ses prédécesseurs et qu’ont acquises ses contemporains. D’abord, semble-t-il, la logique exposée dans l’Organon, et aussi la logique du vraisemblable qu’il cherche chez les Latins, chez Aristote et ses continuateurs arabes. Puis la morale, qu’il puise à toutes les sources, surtout chez Sénèque et Aristote, la métaphysique qu’il reprend chez tous les penseurs dont dispose le XIIIe siècle, la psychologie qui est augustinienne et plotinienne, la théologie qu’il va chercher chez les Pères et avant tout dans les livres saints, le droit canon qu’il rattache à la théologie et qu’il ne veut à aucun prix remplacer par le droit civil. Enfin il procède de même pour les sciences auxquelles il attache une importance toute spéciale, pour les mathématiques, arithmétique, géométrie, algèbre, astronomie, qu’il veut mettre à la base des sciences physiques, pour la physiologie des plantes et des animaux, pour l’alchimie, pour l’optique et pour la propagation de la force. On n’a pu encore séparer exactement ce qui lui vient de ses prédécesseurs, de ses contemporains et ce qui lui appartient en propre. Cependant on a relevé déjà la place qu’il donne à la morale des philosophes, dont l’objet est le même que celui de la théologie, et qu’il propose comme un modèle aux chrétiens du XIIIe siècle. Elle a ses racines dans la métaphysique, qui ressemble beaucoup à la théologie, mais relève essentiellement de la raison.