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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/672

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infidèles, arabes, hébreux et grecs, habitent parmi les chrétiens, en Espagne, en Egypte, en Orient et dans bien d’autres régions. Pour le grec, on peut l’étudier dans n’importe quelle partie de l’empire byzantin, devenu latin depuis 1204, mais surtout en Italie, dans la Grande-Grèce d’autrefois : le clergé et le peuple sont purement grecs, en Calabre, en Apulie, en Sicile et ailleurs. Il est d’autant plus facile d’atteindre le degré inférieur de connaissance que Roger Bacon se fait fort d’enseigner en trois jours ce qui est nécessaire, en hébreu et en grec, pour lire et comprendre ce que disent les saints et les sages antiques dans l’exposition du texte sacré. De ce degré, on peut aisément, si l’on est diligent et soigneux, arriver au moins au second, être assez versé dans la connaissance de la langue pour traduire en latin les œuvres que nous avons en chacune d’elles. Quant au plus élevé, qui consiste à être capable d’enseigner, de prêcher, de traiter n’importe quel sujet, en un mot, de savoir une langue étrangère comme sa langue maternelle, c’est en lui qu’est toute la difficulté. Mais elle n’est pas insurmontable quand on a appris la grammaire et qu’on se met en relations avec ceux qui savent parler la langue.

Roger Bacon a des aptitudes, primitives ou acquises, pour les langues : « Je suis certain, écrit-il en 1267, que, dans une langue quelconque, dont l’étude me serait proposée à moi et à Jean, — le jeune homme dont il fait pourtant un grand éloge, — j’apprendrais plus en un jour que lui en une semaine. » Il croit même qu’il y a des aptitudes analogues chez beaucoup d’autres hommes qui arriveraient, s’ils étaient attentifs et diligens dans leur jeunesse, à saisir et à traduire en latin les ouvrages hébreux, grecs, arabes et chaldéens, voire à corriger et à exposer les textes sacrés. Qu’il soit arrivé à comprendre et à être capable de rendre en latin les textes de cette nature, il le dit expressément dans le Compendium de 1272 : « Pour avoir la sagesse pure, il faut la puiser à sa source hébraïque, grecque, arabe. Ceux qui ne la regardent pas dans les langues où elle a été primitivement constituée, n’ont jamais pu en contempler la dignité dans sa forme, dans sa figure et dans sa beauté. O combien est agréable le goût de la sagesse à ceux qui l’ont bue pleinement à sa source première i Ceux qui n’en ont pas fait l’expérience n’en sentent pas plus le charme qu’un homme paralysé du coût ne sent la saveur des alimens ou que