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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/666

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considéré comme un auxiliaire chez les chrétiens d’Occident, et comment, avec l’autorisation expresse ou tacite des Papes, Albert et Thomas d’Aquin travaillèrent à le rendre complètement orthodoxe. Les commentaires inédits que Roger Bacon a laissés d’Aristote, les jugemens qu’il a portés sur ses traducteurs dénotent une vive admiration pour le maître dont le XIIIe siècle devait faire si grand cas. De nombreux passages en donnent l’expression exacte. « La sagesse, dit-il souvent, a été donnée quatre fois aux hommes, deux fois sous une forme complète, la vérité religieuse marchant de pair avec la vérité philosophique, aux Patriarches et à Salomon, deux fois sous une forme incomplète, parce que la vérité religieuse y fait défaut, à Aristote et à Avicenne. » On peut donc compléter Aristote, il n’y a chez lui, non plus que chez tous ceux qui ont reçu la révélation divine, ni choses fausses, ni choses contredites par l’expérience. Si on en rencontre de telles dans son œuvre, c’est qu’on l’a mal traduit, mal commenté, ou que l’on n’a pas usé avec lui d’une interprétation pieuse. Roger Bacon, qui utilise de plus en plus l’expérience, relève de plus en plus de choses fausses dans les traductions et en vient à dire, avec Robert de Lincoln, qu’il vaudrait mieux brûler l’Aristote dont font usage les chrétiens d’Occident et se tourner vers d’autres auteurs ou recourir à d’autres voies pour trouver la vérité. Et ce qui le porte peut-être encore à parler ainsi, c’est qu’Albert et Thomas d’Aquin reproduisent, sans les contrôler par l’expérience, toutes les assertions des traducteurs.

Les œuvres imprimées de Roger Bacon ne mentionnent pas le nom de Plotin, que Thomas d’Aquin cite comme le grand interprète d’Aristote. Les doctrines de l’école d’Alexandrie lui viennent par le Pseudo-Aristote et le Pseudo-Denys l’Aréopagite, par Macrobe, saint Augustin et Chalcidius, par Boèce et Cassiodore, par tous les Arabes, par les Juifs, peut-être encore par certains commentateurs que n’ont pas ignorés ses contemporains.

Il y aurait un substantiel article à écrire sur l’influence des Arabes, que Roger Bacon a presque tous utilisés depuis Avicenne, le prince et le chef des philosophes, jusqu’à Averroès dont il adopte les Commentaires et dont il combat, comme Albert le Grand et Thomas d’Aquin, la théorie sur l’intellect agent, telle au moins que la comprennent certains de ses