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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/659

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essentiellement en elles. L’âme n’est ni dans le cerveau, ni dans le cœur ; n’étant pas corporelle, elle ne siège dans aucun organe. Comme Dieu est partout et tout entier en même temps dans l’univers, l’âme est tout entière et en même temps dans le corps animé. » Ainsi Aristote est venu au XIIIe siècle avec les commentateurs et les intermédiaires grecs et latins, arabes et juifs qui se nourrirent de la pensée de Plotin ; ainsi le maître des représentans d’Oxford est un savant, soucieux de l’expérience, mais aussi un métaphysicien et un théologien à tendances mystiques.

Mathieu Paris et la tradition légendaire font de Robert un champion des libertés civiles, un réformateur des abus ecclésiastiques qu’il dénonce chez les Hospitaliers et les Templiers, comme il se plaint du pouvoir de l’or à la cour de Rome et se refuse à satisfaire, en raison même de son vœu d’obéissance, aux demandes d’argent incessantes d’Innocent IV. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs les prélats de son entourage de le présenter comme un catholique plus saint, plus religieux, plus excellent qu’eux-mêmes, comme un grand philosophe versé dans la littérature latine et grecque, zélé pour la justice, ennemi de la simonie.

Roger Bacon a-t-il attribué au groupe d’Oxford plus d’originalité qu’il n’en eut réellement ? Nous l’ignorons. En tout cas, il lui doit en partie le respect de la sainteté, l’amour de la moralité, l’indépendance du jugement, l’habitude de l’observation, interne et externe, le goût des sciences, des langues dans lesquelles fut conservée la sagesse divine et humaine, le désir de recourir aux textes originaux, comme à l’expérience intégrale pour constituer chaque science particulière, pour construire la morale, la métaphysique, la théologie, en un mot, la philosophie et la sagesse parfaite.


II

Sur le continent, Roger Bacon a rencontré des maîtres renommés : il a entendu Jean de Garlande ; il a vu et entendu Guillaume d’Auvergne ; il a vu de ses propres yeux Alexandre de Halès et Albert de Bollstädt ; il s’est trouvé à Paris en même temps que Jean de la Rochelle, Henri de Gand, saint Bonaventure, Vincent de Beauvais et saint Thomas d’Aquin. Il a vécu,