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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/655

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Maharncuria, le Picard ; deux les connaissent bien, maître Cam-panus de Novare et Nicolas, le maître d’Amaury de Montfort* L’optique n’a encore été enseignée ni à Paris, ni chez les Latins, excepté deux fois à Oxford, — peut-être par Roger Bacon lui-même. — Il n’y a pas trois hommes qui en connaissent le pouvoir et Albert, qu’on loue de si merveilleuse façon, l’ignore entièrement, puisqu’il n’en dit rien dans ses livres. Aucun auteur, aucun maître ancien ou moderne n’a écrit sur la multiplication des espèces. Aucun Latin, en dehors du plus sage de tous, ne peut donner une explication satisfaisante de l’arc-en-ciel et des cercles colorés, non plus que des marées. Roger Bacon connaît les astronomes qui peuvent corriger le calendrier. C’est avec l’un d’eux qu’il a dressé la table latine : deux savans seulement, dont l’un est un théologien très sage et un excellent homme, sont à même de comprendre les deux tables d’astronomie que Jean est chargé d’expliquer au Pape. Comme le vulgaire avec ses docteurs en vogue ne vaque guère aux opérations de la sagesse, on n’ose parler en public des ouvrages astronomiques, par peur d’être appelé magicien. La science expérimentale est tout à fait ignorée de la plupart des étudians : un seul Latin peut être loué pour les œuvres et en comprendre les principes. Enfin, en ce qui concerne la division des lieux du monde, Roger Bacon consulte les auteurs et les hommes qui ont voyagé de son temps par terre et sur mer ; en particulier, il confère avec frère Guillaume, envoyé en 1253 chez les Tartares, et aussi avec beaucoup d’autres qui ont exploré l’Orient et le Midi,

Son information n’est pas moins riche pour les langues. Il a trouvé des Latins qui parlent grec, arabe, hébreu, très peu qui sachent la grammaire et soient capables de l’enseigner. Des Grecs et des Hébreux d’ailleurs, il n’en est guère qui puissent exposer les règles de leur langue. Dans toutes les écoles de Paris, dans tout le royaume de France, il est honteux qu’on n’ait trouvé personne qui sût lire la lettre envoyée par le soudan de Babylone et y proposer une réponse.

Les premiers professeurs dont l’action s’est certainement fait sentir sur Roger Bacon constituent ce qu’on peut appeler le groupe d’Oxford. On y place d’ordinaire Robert Bacon, Richard Fitzsacre, Edmond Rich, et maître Hugues, peut-être Hugues de Saint-Cher. Robert et Richard, très liés pendant toute leur vie,