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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/647

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Roger Bacon – La formation intellectuelle d’un homme de génie au XIIIe siècle


Au début du XVIIe siècle, Gabriel Naudé, dans une Apologie pour les grands hommes accusés de magie, proclamait Roger Bacon le plus éminent des chimistes, des astronomes et des mathématiciens de son temps. D’Alembert, qui ne pouvait connaître que l’Opus majus édité par Jebb et incomplet, le met au nombre des « génies supérieurs qui savent s’élever au-dessus de leur siècle et puiser leurs connaissances dans leur sagacité et dans l’étude de la nature. » Aujourd’hui que l’on saisit mieux son œuvre, sans la posséder complètement encore, on voit en lui un homme de génie, l’égal des plus grands dans ce XIIIe siècle qui tient une place considérable dans l’histoire du christianisme et de l’humanité.

Toute sa vie, il a recommandé et pratiqué l’étude des sciences déjà cultivées en Occident au XIIe siècle et de celles dont le XIIIe y faisait l’apprentissage. Ce fut l’un des rénovateurs de la méthode expérimentale, l’un des hommes qui ont cherché à prolonger la vie humaine par des moyens tirés de l’observation et de l’expérience, l’un des ancêtres de Kepler en optique et de nos modernes physiciens pour la propagation de la force. Hauréau et Littré, Renan et Bridges en ont même fait un positiviste avant Auguste Comte. C’est, en outre, l’homme le plus érudit de son temps, chez qui fleurissent presque toutes les idées de la Renaissance du XVe siècle : il étudie et veut qu’on étudie les langues étrangères, le grec, l’hébreu, le chaldéen et l’arabe. C’est