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électoral ? Quel est le député influent, soit parce qu’il est membre d’une commission importante, soit parce qu’il peut embarrasser le Cabinet par une question ou une interpellation, qui n’a pas obtenu les mêmes avantages pour sa clientèle ? Ce ne sont pas seulement les fonds du pari mutuel distribués sans contrôle et dont l’emploi est devenu si irrégulier, qui servent à capter les votes d’une commune ; dans notre budget de plus de cinq milliards, des crédits assez larges et qui peuvent être aisément affectés à la propagande électorale, sont ouverts aux ministres et à leurs amis : fonds de secours et subventions de toute nature, primes et encouragemens, œuvres d’assistance et de prévoyance, et tant d’autres. Il faudrait un volume, comme disent les amis de M. Caillaux, pour dresser la liste des faveurs particulières que le gouvernement et ses préfets peuvent accorder aux candidats officiels. On a tant abusé de ce procédé de corruption que l’on a découragé les candidats indépendans et soucieux de l’intérêt public : à quoi bon solliciter des suffrages, pour remplir un devoir, quand on doit se heurter à l’indifférence et à l’égoïsme d’un si grand nombre d’électeurs et à la résistance de fonctionnaires qui disposent de tant de moyens pour combattre les adversaires des candidats ministériels ?

Toutefois, les résultats du premier tour de scrutin n’ont pas été aussi mauvais que pouvaient le faire craindre les abus de la candidature officielle. En comparant les chiffres de 1914 à ceux de 1910, on s’est aperçu que le parti radical avait perdu beaucoup de terrain dans la Seine, dans le Nord, en Seine-et-Oise, en Seine-et-Marne. Tout compte fait, ses adversaires restaient sur leurs positions. Le ministre de l’Intérieur s’est amusé à publier une statistique de fantaisie ; il a prétendu que la Fédération des Gauches n’avait obtenu que 21 sièges, alors que cette association affirmait qu’elle en avait conservé ou acquis 125. Il est d’usage, en effet, après le premier tour, de chercher à égarer le suffrage universel, à lui faire croire à un succès, en vue de peser sur ses décisions au scrutin de ballottage qui est définitif. L’unique moyen de se rendre compte des mouvemens de l’opinion consiste à additionner les voix réunies par un même parti dans une même région, à les rapprocher des chiffres des élections précédentes ; c’est un travail assez long et très minutieux que le ministère de l’Intérieur ne fait pas ou qu’il