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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/599

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derniers contreforts du Mayombe, mais nous pouvons nous imaginer que du sommet des hauteurs qui nous dominent on découvre de vastes horizons, et cette idée nous fait respirer plus librement.

Des indigènes nous apportent du village voisin du manioc et des bananes, et j’apprends par eux que la route de Zilengoma passe sur la colline au pied de laquelle nous campons. Les achats terminés, les vivres payés de quelques cortades d’étoffes, je me dispose à gravir la falaise pour reconnaître ce sentier et contempler autre chose que cet interminable défilé dans lequel nous sommes prisonniers. Castellani veut venir avec moi ; comme je lui conseille de rester, car l’escarpement est assez raide, il met un point d’honneur à m’accompagner ; il parle toujours de sa vigueur, nous verrons bien s’il me suivra.

La colline n’a guère que 300 mètres, mais c’est une escalade plutôt qu’une ascension ; nous grimpons au milieu de lierres, d’éboulis, de broussailles ; de temps en temps, il faut faire un rétablissement pour s’enlever sur la plate-forme d’un rocher. Et Castellani me suit. Arrivé au sommet, il souffle un peu, moi aussi d’ailleurs. Nous nous asseyons un instant. Autour de nous, c’est le calme ; l’horizon n’est pas encore très étendu, il est coupé par les mouvemens de terrain qui prolongent le Mayombe. Evidemment, nous ne nous attendions pas à trouver la plaine, une campagne fleurie, des champs de blé semés de coquelicots. Ce n’est que la brousse desséchée ; pourtant, c’est un soulagement de voir devant soi, de ne pas être dominé par la montagne et la forêt. A nos pieds, la rivière bouillonne ; couverte d’écume, elle parait rouler de l’eau de savon.

La colline, sur laquelle nous sommes, s’abaisse au Nord vers un ravin affluent du Niari ; le chemin annoncé par les indigènes descend le long de cette croupe ; en le prenant, il est probable que nous rejoindrons les bords du Niari et notre campement, plus facilement que par le chemin de l’aller. Nous nous mettons en route. Au fond du ravin, pas de trace de sentier se dirigeant vers la rivière ; cependant, elle est tout près, nous l’entendons gronder. Nous nous lançons à travers la brousse. A peine y sommes-nous engagés que nous rencontrons un fourré de ronces. Tant pis ; il faut passer. Nous nous débattons : à chaque pas, les épines laissent la trace de leurs griffes sur nos vareuses, nos casques arrachés restent suspendus aux