Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/591

Cette page n’a pas encore été corrigée


dans le monde. L’autre jour, il y avait un grand souper chez l’envoyé d’Angleterre où j’étais priée, je n’ai pas été à ce souper parce que je ne crois pas devoir aller chez M. Jackson ostensiblement. M. de Tilly y était ; on a dit que c’était à cause de cela que je n’y avais pas été et M. Jackson a prétendu que j’avais eu tort ; moi, je crois que, même sous ce rapport, j’avais raison, car je ne dois pas me rencontrer avec un homme qui a attaqué mon caractère comme femme à cet excès. Il a voulu se raccommoder avec moi, à mon arrivée ; j’ai répondu que je ne lui ferai assurément aucun mal, mais qu’il semblait impossible de se rencontrer après ce qu’il avait ! imprimé. C’est un homme d’ailleurs perdu de réputation, mais qui n’en est pas moins reçu, ici du moins, dans quelques maisons, et la femme de Jackson, cette demoiselle Dorville que tu as vue à Genève, est très perverse.

Il résulte de tout cela une certaine inquiétude dans l’air pour moi qui rnc fait désirer de partir et cependant je suis bien décidée à rester jusqu’au 25 de mai, pour que tout soit très naturel dans mon voyage et plus encore pour voir la Reine qui est si charmante et si bonne ; mais mon pauvre Weimar me convient bien mieux que tout cela.

Je suis toujours très contente de Laforest ; le prince Louis donne chez moi un concert jeudi ; toute la légation française y sera ; ils ne manquent pas une occasion de se montrer bien pour moi, et c’est certainement à Joseph que je le dois, mais peut-être à présent à moi-même, car j’aime vraiment Laforest mais point du tout Portalis. Quel sourire que celui de cet homme-là !

Il y a parmi les honnêtes gens une belle force d’immoralité ; en France, il n’y a que le commentaire de différent. Mais cependant quelle différence entre la France et Berlin ! II ne faut pas voir ce qui veut ressembler à Paris pour supporter d’en être loin.

Rien de changé dans mes projets ; j’emmène Schlegel, mais en causant avec lui, je vois bien que c’est un homme qui ne peut pas renoncer à la carrière d’écrivain, et il est vraiment si scrupuleux qu’il donnerait sa vie entière à mes fils s’il s’en chargeait. C’est, d’un autre côté, un homme admirable pour la solitude littéraire, si l’on avait un inférieur musicien et attentif à la promenade et aux leçons. Enfin nous arriverons les premiers jours de juillet sans qu’il y ait aucun engagement ni de sa part, ni de la mienne, et tu jugeras et tu verras.

Je me fais un plaisir de te revoir qui absorbe tout ce qui t’entoure ; Coppet et Genève disparaissent dans la joie de t’embrasser. Il est vrai que je t’amuserai quelques momens de l’Allemagne, mais je crois le voyage d’Italie bien plus curieux. Ce qu’il faut ici c’est lire les livres allemands ; les hommes ni les coutumes n’ont pas d’originalité ; c’est en idéalisme qu’il faut les observer, non dans la réalité.

J’espère que je saurai l’allemand à mon retour, mais c’est horriblement difficile ; pour Auguste, il s’en joue, pour parler, mais je lis mieux, que lui.