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connu à Paris, car, dans sa réponse, il la remercie des bontés qu’elle avait eues pour lui autrefois. Mais, sur la question même, cette réponse n’était guère encourageante. Après lui avoir dit qu’il n’était pas d’usage que la Grande Maîtresse acceptât de présenter des étrangères, il ajoutait :


Vous ne pouvez, Madame, vous flatter d’une exception si vous considérez que votre célébrité, comme ayant causé quelques inquiétudes au pouvoir consulaire, peut exiger qu’à la Cour on paraisse mettre quelque mesure à l’empressement qu’on doit avoir de vous connaître. Ce serait agir en sens contraire que de permettre votre présentation par la Grande Maîtresse, par exception à la règle générale.


Le prudent chambellan continuait en suggérant un expédient. L’ambassadeur de Suède, M. d’Engeström, venait d’être rappelé. La Suède n’était plus représentée que par un chargé d’affaires, le baron Brinckmann, que Mme de Staël avait connu également autrefois à Paris et qui était disposé à toutes les complaisances. Mais Mme d’Engeström était encore à Berlin. Tout en considérant Mme de Staël comme Suédoise, Brinckmann ne ferait aucune difficulté, assurait M. de Sartoris, à ce qu’elle fût présentée par Mme d’Engeström considérée, depuis le rappel de son mari, comme une simple particulière. Ainsi la question de la présentation se trouverait résolue. Mme de Staël dut se résoudre à cet expédient. La première lettre adressée par elle à son père, de Berlin, va nous montrer qu’elle avait eu raison de ne pas mettre à l’épreuve la bonne volonté de Laforest.


Berlin, ce 10 mars.

Cher ami, je suis arrivée avant-hier soir à Berlin, mais comme la poste ne partait qu’aujourd’hui, j’ai le temps de te dire, avec mon arrivée, le bon succès de mon début. Je voulais, comme je te l’ai dit mardi, arriver ici pour le jour de naissance de la Reine ; aussi a-t-elle eu la bonté de m’inviter ce soir au bal et à souper chez elle.

L’ambassadeur de France est venu me voir hier matin, le prince d’Orange, le prince de Radziwill, le duc Frédéric de Brunswick, et c’est Mme d’Engeström, Suédoise, qui n’est plus ambassadrice, qui a écrit son nom avec le mien chez la grande maîtresse de la Cour. J’ai dit à Laforest que j’avais cru délicat de ne pas lui demander de me présenter, mais que je le priais d’observer que Mme d’Engeström n’était plus ambassadrice et que c’était une simple particulière, que jamais je ne pourrais ni ne voudrais renoncer à mon titre de Française. Il m’a répondu d’abord fort obligeamment, et puis il m’a dit qu’il me remerciait de ne l’avoir pas mis dans