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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/479

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montrer à quels prodigieux égaremens l’imagination germanique peut se laisser emporter. Les histoires qu’on raconte aux Allemands au sujet de la Légion étrangère et des effroyables traitemens qu’y subissent les malheureux légionnaires ressemblent à s’y méprendre à ceux que les bonnes d’enfans racontent à leurs marmots lorsqu’ils ne sont pas sages et qu’elles veulent les épouvanter sur les châtimens qui les attendent. Ce sont des contes à dormir debout, d’ogres et de loups-garous. Si de pareils enfantillages font vraiment peur aux Allemands, on ne peut que les en plaindre, mais en même temps il est permis d’en rire. Seraient-ils donc de grands enfans et a-t-on raison de les traiter comme tels ? Après tout, cela les regarde et nous laisse indifférens. Quoi qu’il en soit, il y a eu, depuis quelque temps, une recrudescence d’animosité contre la Légion étrangère, et, le 29 avril, une question a été posée au Reichstag au sujet du racolage que nous opérions en Allemagne même. Nous sommes heureux de rendre pleine justice au gouvernement impérial ; M. Zimmermann, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, a déclaré catégoriquement que les faits allégués étaient inexacts. Toutes les fois, a-t-il dit, qu’on a fait une enquête, elle a abouti à la même conclusion négative. Ceci dit, M. Zimmermann a exprimé l’avis très judicieux que la campagne contre la Légion étrangère, telle qu’elle était conduite, allait directement contre son but : c’est à l’école, d’après lui, c’est par l’éducation donnée aux enfans qu’on peut agir sur les hommes de demain et les détourner de s’enrôler dans une autre armée que celle de leur pays. Ce langage est celui de la raison. M. Zimmermann a ajouté qu’un arrangement avait été fait avec le gouvernement de la République, qui s’était engagé à rendre à leur famille les légionnaires mineurs. Une note officieuse a bientôt rectifié le fait ; il n’y a eu aucun arrangement entre l’Allemagne et nous au sujet de la Légion étrangère et il ne pouvait pas y en avoir. M. Zimmermann s’est peut-être mal expliqué ou il a été mal compris : c’est très spontanément que nous libérons les jeunes gens qui n’ont pas encore l’âge de s’engager dans l’armée française ; on n’a pas eu à nous le demander et nous n’avons pas eu à y consentir. Tout se passe au grand jour à la Légion étrangère ; le fonctionnement de l’institution n’est nullement mystérieux ; nous n’avons rien à en dissimuler et le nombre de ceux qui demandent à s’enrôler, trop grand pour que nous puissions les admettre tous, est une preuve que les choses se passent correctement, honnêtement, humainement. Au lieu de critiquer une institution qui nous fait honneur, l’Allemagne ferait bien de l’imiter ; mais le pourrait-elle et