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les progressistes eux-mêmes, ce qui est d’une belle insolence. Et pourtant, qui veut la fin veut les moyens. Veut-on, oui ou non, le service de trois ans, une réforme fiscale conforme aux mœurs du pays, la réforme électorale qu’il réclame ? Alors, il faut faire la majorité qui veut elle-même ces solutions et se mettre résolument à sa tête. En dépit de l’extrême confusion au milieu de laquelle les élections se sont faites et des tendances anarchiques qu’elles revêtent, il y a toujours de la ressource avec une Chambre qui vient d’être élue et qui comprend plus de 180 députés nouveaux, si on sait la prendre dès ce premier moment d’incertitude où elle n’a pas encore pleine conscience d’elle-même et où elle cherche sa voie. Mais qu’on y songe bien, il n’y a qu’une heure propice : si on la laisse passer, elle ne revient plus. Et cela est vrai surtout de la Chambre actuelle que des origines troubles rendent particulièrement sensible aux premières impressions qu’elle subira, lion nombre de députés, même parmi ceux qui appartiennent aux partis avancés, ont assez d’intelligence pour n’être pas sans inquiétude sur l’avenir. Ils ne prendront néanmoins aucune initiative ; ils attendent une voix qui les appelle, une lumière qui les éclaire, une impulsion qui les guide. Les trouveront-ils ?


Il semble qu’il y ait de plus en plus en Allemagne un désaccord entre le gouvernement qui est animé de sages intentions, et l’opinion qui se laisse entraîner à des mouvemens passionnés et à des manifestations dont le moins qu’on en puisse dire est qu’elles sont regrettables. Le gouvernement lui-même parait subir quelquefois les influences ambiantes et, dans tous les cas, il se montre un peu lent à s’en dégager. Eu voici un exemple.

On se rappelle la polémique qui a été provoquée, il y a quelques semaines, entre la presse allemande et la presse russe par un article de la Gazette de Cologne. Cet article n’était pas isolé, il était seulement plus violent que quelques autres et il prenait un caractère plus accentué de menace à l’égard de la Russie. Il lui reprochait ses armemens, comme si l’Allemagne était le seul pays d’Europe qui eût le droit d’accroître les siens et si on manquait à une règle supérieure en usant à son égard de réciprocité. Le sentiment russe a été vivement froissé par l’article de la Gazette de Cologne, et le Novoïe Wremia y a répondu par un contre-article dont la véhémence ne laissait, à son tour, rien à désirer. Il y était dit que le moment était passé et qu’il ne reviendrait pas où on pouvait se permettre de parler à la Russie sur un ton comminatoire. Elle s’était relevée par un travail acharné, de