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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/471

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encore l’une des charmantes fresques de Domenico di Bartolo, où nous voyons nombre de riches bourgeois et d’élégantes dames de la ville rivalisant à emmailloter, à nourrir, à instruire ou amuser des bambins de tout âge.

Une autre fresque voisine représente une série de fiançailles solennellement célébrées dans le même Hôpital : car le bienheureux Sorore n’avait pas manqué de pourvoir aussi au mariage de ses pupilles : et tous les ans, le jour du Jeudi saint, pendant de longs siècles, les jeunes filles élevées par les sœurs de l’Hôpital sont venues s’asseoir derrière une table dressée en plein air, vis-à-vis de la façade de la cathédrale, de telle manière qu’il fût permis aux jeunes hommes siennois de les considérer et puis de s’offrir à épouser l’une ou l’autre d’entre elles, après s’être dûment informés de la dot qui lui était allouée par le trésor de l’œuvre.

Ainsi le bienheureux Sorore a réussi à gravir tous les degrés de l’échelle qui devait l’élever jusqu’au « royaume de Dieu. » Et l’on pense bien que l’incroyable succès de son œuvre n’a pas été sans exciter tout particulièrement contre lui la fureur de ce Malin qui, quatre cents ans plus tard, allait s’ingénier par tous les moyens à entraver saint François dans l’accomplissement de l’ordre surnaturel donné au jeune apôtre par la bouche du Christ en croix de l’église Saint-Damien.


Un jour donc, avec la permission du Seigneur, le Démon se travestit en pèlerin et vint demander logement au bienheureux Sorore, qui s’empressa de le recevoir tendrement dans sa maison, et lui donna le meilleur lit pour se reposer. Le lendemain matin, le Démon se présente devant Sorore et lui dit : « Certes, je te suis grandement obligé de la charité dont tu as usé envers moi : mais de l’injure qui vient de m’être faite, je ne puis que m’en affliger, attendu que, étant venu me loger chez loi par crainte que ne nie fût ravie, dans une auberge ou un autre lieu, la bonne somme de deniers que j’avais apportée, je vois maintenant combien je me suis trompé dans cette pensée ; et du même coup je découvre que tu n’es pas du tout ce saint homme plein de charité que te proclame le monde, mais bien un voleur et pillard de grand chemin, enlevant leur avoir aux pauvre pèlerins, ainsi que tu m’as dérobé, à moi, ma bourse toute pleine de tant de deniers ! »

Ce qu’entendant, Sorore demeura tout confus et presque hors de soi ; et c’est à grand’peine qu’il put retrouver le souffle pour parler, se sentant accablé d’une si lourde calomnie. Et comme il était si innocent, et si pur, et si simple qu’il ne pouvait pas croire que ce pèlerin étranger lui eût dit un mensonge, et comme, d’autre part, il ne parvenait pas à se persuader qu’aucun des autres étrangers qu’il avait logés eût été capable de commettre le vol, il se mit donc à rechercher par toute la maison cette fameuse bourse que le diable affirmait faussement lui avoir été prise.