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lui-même, tandis qu’il essaie de sortir du bois, il lui parait que l’air lui barre le passage, comme un mur, de telle façon que par aucun moyen il ne réussit à sortir.

Et alors ce larron, en se voyant ainsi arrêté, fut pris de componction au fond de son cœur, et fit vœu à Dieu et à la Vierge Marie que, si seulement la grâce lui était accordée de sortir de là, il reviendrait en arrière et remettrait l’âne et le restituerait, et puis que désormais il s’amenderait et corrigerait sa vie. Sur quoi, ce vœu fait, l’âne de son propre gré revint en arrière ; et le larron, se sentant tout d’un coup comme détaché, revint avec l’âne jusqu’au couvent, et demanda le prieur du lieu, — c’est, à savoir, le bienheureux frère Bandino, qui se trouvait prieur à ce moment-là, — et il rendit l’âne et avec bien des larmes s’accusa de sa faute, en racontant le miracle qui était arrivé. Alors le bienheureux frère Bandino lui pardonna, et lui fit donner bonne aumône. Et puis, avec grand amour et grande charité, il l’admonesta, et le pria de ne plus mal faire et d’amender sa vie. Ce que l’ancien larron lui promit de faire ; et là-dessus le frère Bandino le renvoya en paix.


Mais au reste ne suffit-il pas de se rappeler l’antique et fameuse devise de Sienne pour sentir aussitôt que nul autre lieu au monde n’a jamais possédé en soi une âme plus parfaitement, plus délicieusement « franciscaine. » Cor tibi magis Sena pandit ; « plus au large encore que ses portes, Sienne t’ouvre son cœur ! » Jamais peut-être saint François lui-même n’a prononcé une parole qui répondit mieux à son idéal de beauté chrétienne ; et j’ai songé souvent à l’émotion qu’il a dû éprouver, lorsque, certain soir de printemps, entrant pour la première fois à Sienne, après avoir fait tournoyer longuement, sur la route, le pauvre frère Masseo, — ainsi que nous le raconte l’un des plus célèbres passages des Fioretti, — il a lu au fronton de la porte vénérable ce salut que lui adressait la vénérable cité. Oui, celle-là était vraiment digne de l’accueillir ; et Ion sait en effet le grand rôle qu’il était destiné à y jouer dès cette première visite. « En ce même instant où le saint pénétrait dans la ville, un bon nombre de Siennois étaient en train de se battre, et déjà il y en avait deux qui avaient été tués. Mais dès que saint François fut arrivé sur le lieu du combat, il leur prêcha si dévotement et si saintement qu’il les ramena tous à grande union et concorde mutuelle. »

Il repartit de Sienne, comme l’on sait, dès l’aube du lendemain, pour échapper à l’ovation que lui préparaient le saint évêque de la ville et ses diocésains. Mais, à mainte reprise plus tard, nous le retrouvons dans la cité toscane, — ou plutôt à demi toscane et déjà presque à demi ombrienne, dételle sorte qu’il y avait en elle un mélange de races un peu pareil à celui qui nous explique la « singularité »