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Revues étrangères – Quelques figures de mystiques Siennois


Mistici Senesi, par Piero Misciatelli, un vol. 8°, illustré. Sienne, 1913.


Dans ma jeunesse, un jour, il me vint une pensée de vouloir vivre d’herbes et d’eau. Je projetai d’aller demeurer dans un bois ; et je me mis à me dire à moi-même : « Que feras-tu dans un bois ? Que mangeras-tu ? » Sur quoi, me répondant pareillement à moi-même, je me dis : « Eh bien ! je ferai comme faisaient les saints pères d’Egypte ! Je mangerai de l’herbe quand j’aurai faim, et, quand j’aurai soif, je boirai de l’eau ! » Ainsi donc je résolus de faire ; et, afin de vivre tout à fait selon Dieu, je résolus également de m’acheter une Bible pour la lire ; et j’allai aussi m’acheter une enveloppe en cuir de chameau, de manière que l’eau ne risquât point de la traverser et de mouiller ma Bible. Et puis, toujours avec mon beau projet, je partis de Sienne, en quête de l’endroit où je pourrais m’installer ; et je résolus d’aller ainsi en exploration jusqu’à Massa. Et, pendant que je suivais la vallée de Rochegiano, j’allais m’émerveillant tantôt de cette colline et tantôt de cette autre, tantôt de ce bois et tantôt de cet autre, et j’allais me disant de moi à moi : « Oh ! ici, comme je serai bien ! Oh ! là, comme je serai encore mieux ! »

En conclusion, sans m’être arrêté nulle part, je m’en retournai à Sienne, et résolus de commencer par faire l’épreuve de cette vie que je voulais vivre. Et ainsi je m’en allai, un matin, hors de la Porte des Foulons, et me mis à cueillir une salade de pimprenelle et d’autres méchantes herbes ; et je n’avais emporté avec moi ni pain, ni sel, ni huile. Et je me dis : « Commençons, pour cette première fois, par laver notre salade et par la gratter ; la prochaine fois, nous nous bornerons à la racler sans la laver autrement ; et puis, quand nous aurons un peu plus d’habitude, alors, nous aussi, nous nous passerons de la nettoyer, et par degrés même, peut-être, nous finirons par nous passer de la cueillir ! » Si bien qu’avec le nom béni du Seigneur Jésus, je commençai par une bouchée de ma salade ; et, me l’étant