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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/446

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moins, un élève. Si l’on admet le point de départ, à savoir que le dessin est tout dans un tableau, on admirera l’énergie, l’obstination de M. Corabœuf à tendre là où il est arrivé. C’est un phénomène de réaction ou de rétrogradation assez fortement caractérisé pour nous inquiéter sur les attributions qu’on en fera dans l’avenir. Retrouvée dans quelques centaines d’années, à quelle date la Dame aux perles sera-t-elle reportée par les critiques ? Et n’ira-t-on pas chercher son auteur parmi quelque élève inconnu de l’atelier d’Ingres, qu’Amaury-Duval et Delaborde auront omis de citer ?

Les deux tentatives les plus hardies dans les tableaux de figures, cette année, sont le Retour de chasse de M. Dufresnes, avenue d’Antin (salle VI) et Eros et Psyché de Mlle Hélène Dufau, (salle 1), aux Champs-Elysées. Mais toute leur nouveauté réside dans la transposition en peinture des procédés coloristes de la décoration du tapis oriental ou de la tapisserie. C’est beaucoup de talent dépensé pour ne pas atteindre le but d’un tableau.

Les paysagistes, non plus, ne nous révèlent rien de très nouveau. Quelques-uns se contentent de déployer une grande puissance dans l’interprétation d’un effet fugitif, comme M. Hughes Stanton avec sa Route dans les dîmes à Equihen (Champs-Elysées, salle 8). Je doute qu’on ait jamais aussi bien rendu l’éclairage d’un paysage pendant la légère éclipse du soleil, derrière des nuages, par un jour chaud. D’autres cherchent à pénétrer plus avant dans le mystère des crépuscules ou des nuits. M. Henri Duhem est parmi les premiers et ses vues de l’Ile de Clarens doivent être comptées parmi les meilleures de ses évocations crépusculaires, M. René Billotte est parmi les seconds avec son Lever de lune. Jamais, d’ailleurs, les chevaliers de la Lune ne furent si nombreux dans les Salons. Et à tous les « levers de lune » ou « nuits lunaires » habituels, il faut ajouter, cette année, deux tableaux de figures, Domrémy, de M. Picard, et Pêcheuses de Lune, de M. Chabas, où l’ « astre des nuits » figure comme le principal personnage.

Cette année, d’autres effets semblent avoir tenté aussi une foule d’artistes : les effets de neige. Aux Champs-Elysées, le Vallon sous la neige à Salvagny, de M. Louis Jourdan, rend très bien les colorations roses du soleil d’hiver, à certaines heures, le Soleil d’Hiver, de M. Gorter, et l’Hiver à Saint-Cloud, de M. Frequenez, sont aussi des contributions précieuses à