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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/428

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— comme nous ne saurions, sans leur faire injure, en douter, — à la postérité la plus reculée. Car telle est, en effet, l’impression que donnent leurs toiles. Rien n’y a pénétré, de nos agitations, de nos drames, de nos foules, de nos travaux. Coin paisible, dit M. Gilsoul, l’Heureux instant, dit M. Lévy-Strauss, en montrant une mère avec son enfant, sur le tapis, au moment du goûter, l’Étudev dit M. Larrue en courbant deux enfans sur leurs livres, Soir d’espérance, dit M. Bouvet, le Grand-Père, dit M. Avelot, Calme, Méditation, Calme, dit M. Maurice Chabas, et partout des Intérieurs, des coins de chambre ou de boudoir, où l’on travaille, où l’on lit, où l’on rêve, des coins de jardins où l’on suit la fuite paisible des heures, des intérieurs d’église, surtout, où l’on prie. On pourrait croire à une immense conspiration en faveur des églises menacées, car ce sont, d’ordinaire, les plus humbles que nos meilleurs peintres ont célébrées. M. Meslé, M. Georges Griveau, M. Pierre Boyer, M. Le Sidaner, M. Le Gout-Gérard, M. David Nillet, Hochard, M. Lépine, M. Lefranc, M. Larrue, Mlle Doucet, avenue d’Antin, et, aux Champs-Elysées, M. Sabatté, M. Eugène Bossu, M. Blancard, M. Marius Roy, M. Glaize, M. Jean Geoffroy M. Lorimer, et bien d’autres.

Ce ne sont pas là des églises rencontrées, par hasard, dans un paysage : ce sont des portraits d’églises. Leurs traits et leurs rides sont étudiés comme ceux d’une aïeule. La femme qui introduit son obole dans le tronc de la vieille église chez M. Sabatté, pour la conservation des églises de France (Champs-Elysées, salle 43), est tout un symbole. L’excellente et fine impression intitulée l’Eglise voilée par M. Georges Griveau en est un autre de la même pensée. L’Église sous la pluie, de M. Meslé, est le type de ces humbles demeures du Bon Dieu, oubliées, dans le village moderne, que rien ne sauve de la destruction parce qu’elles ne sont pas des « monumens historiques. » Il ne semble pas cependant, au témoignage des peintres, qu’elles soient inutiles, car jamais ils n’ont exprimé, autant qu’aujourd’hui, le besoin qu’ont les âmes de se réfugier dans la croyance.

Les seules manifestations de la vie publique contemporaine sont des manifestations de piété. De rudes marins s’en vont sur la plage mouillée, au bord de quelque « rivière » de Bretagne, nu-tête et de minces cierges au poing, et c’est le Vœu de M. Boyer. Un frère ignorantin lève son bâton de chef de