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débarrassé et fera tout son possible pour qu’il ne revienne plus au pouvoir. Dieu veuille qu’il réussisse !

M. Guizot a fait, hier soir, sa rentrée dans le salon de Mme de Liéven : c’était une grande joie pour la princesse ; aussi l’a-t-elle fait savoir à tous ses amis et les a-t-elle invités à être présens à cette réapparition du grand homme. M. Berryer arriva de son côté, probablement pour rencontrer Guizot ; il y avait aussi l’ambassadeur d’Angleterre, l’internonce, le ministre de Hanovre, celui du roi de Wurtemberg et une quantité d’autres petits diplomates : en fait de femmes, il n’y avait que la marquise Durazzo.

Guizot ne parla pas beaucoup, mais le peu qu’il dit donna la conviction, à tout le monde, qu’il est d’accord en tout point avec le maréchal Soult et que si, dès aujourd’hui, le nouveau ministère ne se trouve point tout formé, ce n’est point Guizot qui en est cause, mais bien certaines prétentions de la part des autres ministres moins importans, qui se disputent la répartition de la petite somme de pouvoir qui leur tombe en partage, après que Guizot et le maréchal se sont réservé la plus grande et surtout la plus importante moitié.

M. Guizot n’avait nullement l’air préoccupé ni soucieux de la grande tâche qu’il aura bientôt à remplir devant les Chambres. Son ministère doit être appelé le ministère de conciliation, son programme est la répression de la licence et des abus dans l’intérieur, tout en conservant au pays une sage liberté. Quant à l’étranger, il compte imposer au ministère une marche prudente, mais, en même temps, remplie de dignité.

M. Berryer déclama, avec force, contre les fortifications de Paris et soutint, avec beaucoup de violence, que le ministère sortant n’avait pas le droit de faire dévaster la plus belle partie du bois de Boulogne, que ce bois est une propriété nationale et que, sans un vote positif de la Chambre, personne ne devait y toucher.

« Pauvre France ! poursuivit-il, elle est dans un triste état ! J’en suis tout mélancolique ; et je suis péniblement affecté do sa décadence en tout, en politique, en littérature, en croyance ! Qui est-ce qui croit ? En quoi a-t-on foi ? Est-ce en Dieu ? Je vous le demande ! Est-ce dans la vertu ? Je vous le demande encore ! Est-ce dans un principe quelconque ? Non, cent fois non, je ne vois plus, en France, ni des royalistes, ni des républicains, chacun vit pour soi, pense à soi, et cela au jour le jour ! Quand