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Majesté et la famille royale d’avoir échappé à ce danger. La Reine et Madame Adélaïde, qui occupaient le fond de la voiture, ont été bien plus exposées que le Roi, qui s’était placé par devant.


17 octobre. — Nous avons été hier soir chez le Roi : il y avait une foule incroyable, au point qu’on était obligé de circuler autour de la table de la Reine et des princesses, pour pouvoir leur parler. Au fur et à mesure, on faisait sortir la foule : les aides de camp du Roi et les officiers d’ordonnance ont mis beaucoup d’habileté à éloigner les personnes qui ne figurent pas sur la liste privilégiée du Château, et qui n’ont pas la permission de faire tous les jours leur cour à Leurs Majestés. A notre arrivée, et aussitôt qu’on eut annoncé à la Reine la présence de l’ambassadrice d’Autriche, Sa Majesté et les princesses se levèrent, et la marche de ceux qui défilaient autour de la table s’arrêta pour nous céder le pas et permettre à l’ambassadrice de prendre place à côté de la Reine. Pendant ce temps, l’ambassadeur et moi nous adressions nos condoléances et félicitations à Sa Majesté, puis à la Reine et aux princesses.

Ces dames, la Reine et Madame Adélaïde surtout, en sont accablées et lorsque nous observions à Madame Adélaïde qu’elle et la Reine avaient couru les plus grands dangers : « Ah ! comte Rodolphe, fit-elle, ne pensez pas à nous, ce n’est rien, mais mon frère, le Roi l un souverain si aimé, si bon l Je suis attristée et humiliée, pour la France, pour les bons Français à qui on fait jouer, aux yeux de l’étranger, ce rôle indigne, de penser qu’on pourrait les juger d’après les attentats qui sont l’œuvre affreuse d’une minorité. »

Mme la Duchesse de Nemours m’a dit que la princesse Clémentine et elle, qui étaient restées à Saint-Cloud, n’avaient su ce déplorable événement qu’après le retour du Roi et par lui-même. Comme la voiture de Leurs Majestés ne s’est point arrêtée, le Roi et les personnes qui faisaient partie de l’escorte ne se sont pas rendu un compte exact de l’attentat. Le Roi, en entendant la détonation qui avait été formidable, en voyant le panneau de la voiture criblé de chevrotines, qu’un garde national avait été blessé au doigt et un domestique à la jambe, a cru à une nouvelle machine infernale. En rentrant à Saint-Cloud, il a tout d’abord fait panser le doigt du garde national et soigner la plaie du valet de pied.