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avec dignité, mais il ne peut cependant empêcher qu’on lui en fasse avaler de bien dures. Le parti impliqué fait tout au monde pour intimider les témoins et les juges : des lettres anonymes leur arrivent de tous les côtés, avec d’épouvantables menaces ; on dit aux pairs que, s’ils condamnentBarbès, on pillera leurs niaisons et que le poignard des conjurés libres vengera les victimes. Mais, de son côté, la garde nationale déclare que, si les accusés ne sont pas condamnés, elle ne marchera plus contre les émeutiers.

Ce qu’il y a de plus rassurant, c’est qu’il y a dans Paris et autour soixante mille hommes de troupes dont l’esprit est excellent. Le gouvernement prend des mesures pour repousser toute nouvelle tentative. On a fabriqué, ces jours derniers, cent mille balles, pour Paris seulement, et un grand nombre de pétards pour faire sauter les portes des maisons. Le maréchal Gérard a dit l’autre jour à quelqu’un de ma connaissance : « Nous aurons encore une émeute, j’en suis certain, mais ce sera bien la dernière. Paris sera déclaré en état de siège, tous les émeutiers pris les armes à la main seront fusillés et les rues et les maisons barricadées seront canonnées. »

Le général Pozzo nous est revenu de Londres dans un état épouvantable, tant au physique qu’au moral. Il est douloureux de voir une si grande intelligence s’affaiblir à ce point ; c’est un triste et humiliant tableau pour nous tous qui sommes exposés au même péril. Le général Pozzo, dont l’esprit si fin, si délié, faisait l’admiration et l’envie de tout le monde, qui s’en est servi avec tant d’adresse pour arriver aux honneurs, à la richesse et à un grand renom, a, tout à coup, tellement baissé dans ses facultés intellectuelles, qu’il se voit même au-dessous du niveau de la capacité la plus ordinaire : c’est, en un mot, un homme entièrement éteint.


10 juillet. — Le procès des inculpés des affaires du 12 mai continue ; c’est entre aujourd’hui et demain que l’arrêt sera prononcé par la Cour des pairs. Des lettres anonymes, pleines de menaces, continuent à arriver aux juges : on leur déclare qu’on massacrera autant de pairs qu’il y aura de condamnés. On se demande s’ils auront le courage de condamner, et on croit que, s’ils condamnent, le Roi fera grâce. La presse, sans exception aucune, se prononce contre l’arrêt de mort. Si tel est le