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ni d’entendre ce qui se passe autour d’elle, c’est au point qu’elle reçoit, presque avec indifférence, les complimens qu’on lui fait. Sa modestie la fait douter de son talent et, même au théâtre, lorsque la salle retentit d’applaudissemens, elle n’en éprouve de contentement que lorsque Samson lui dit qu’elle les a mérités et lui exprime sa satisfaction.

Les leçons de Samson consistent non pas à apprendre la déclamation à Mlle Rachel, ce qui ne ferait que gâter le talent de cette prodigieuse jeune fille : il se borne, à ce qu’il dit lui-même, à discuter avec elle le sujet de la pièce en lui indiquant à bien saisir les différens caractères des personnages et en lui enseignant l’histoire de l’époque où l’action s’est déroulée.

— Il est rare, me disait Samson, qu’après un exposé des événemens qui ont inspiré la pièce qu’elle doit jouer, Mlle Rachel ne saisisse parfaitement son rôle, jusque dans les plus petites nuances. Aussi, joue-t-elle chaque rôle d’une manière si différente que je n’en reviens pas moi-même d’étonnement et d’admiration. Elle s’identifie tellement avec le caractère qu’elle doit représenter, qu’elle devient pour ainsi dire le personnage même et que, par là, tout ce qui sort de sa bouche est d’un naturel sublime, inimitable et d’une merveilleuse vérité.

M, le Mars, qui ne se résigne pas aux succès foudroyans de Mlle Rachel, s’occupe très sérieusement de former une élève qui sera, dit-elle, une rivale redoutable pour Mlle Rachel, qu’elle dépassera en talent et en grâce. Déjà elle la surpasse en beauté, chose peu difficile, car Mlle Rachel n’est point belle.


25 mars 1839. — Nous sommes de nouveau dans une interminable crise ministérielle. Aucun parti n’est en état de former un ministère qui puisse marcher avec cette Chambre. Grâce aux intrigues des doctrinaires et à la coalition qu’ils ont formée contre le ministère Molé, celui-ci s’est vu forcé de dissoudre la Chambre. Celle qui vient d’être élue n’est pas meilleure. On y retrouve tous les élémens de la coalition : elle représente l’alliance des doctrinaires avec la gauche et les carlistes. Sa majorité est bien positivement centre gauche et, à peine réunie, elle s’est prononcée contre Molé qui s’est retiré.

Maintenant qu’il n’y est plus, comment le remplacer ? Le ministère qui lui succédera ne saurait suivre une autre marche que celle qu’il a suivie. Il est bien clair que, si le ministère Molé