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avaient représenté au Roi et à M. Baudrand lui-même, combien M. de Flahaut leur était utile à la place qu’il occupe à leur Cour, et qu’ils espéraient, par conséquent, que le général Baudrand voudrait bien, par attachement pour eux, faire un petit sacrifice d’amour-propre, en cédant au comte de Flahaut. Le général Baudrand se prêta facilement aux vœux de ses maîtres. Il passa chez M. de Flahaut, pour lui dire qu’il était prêt à lui abandonner un rang qui lui avait été conféré par Leurs Majestés, et auquel il n’aurait pu renoncer sur une simple contestation. J’ai remarqué qu’au dernier concert que le Duc d’Orléans a donné, le général Baudrand s’est plus que jamais effacé, tandis que M. de Flahaut s’est montré plus affairé encore qu’à l’ordinaire.

Ces petites soirées, au reste, me paraissent d’une raideur excessive. Le Prince Royal, tout en disant qu’il désire qu’on ait un peu plus l’air de s’amuser, est cependant enchanté qu’on chuchote tout bas au lieu de parler haut, que tous les hommes soient rangés à une respectueuse distance de la table de Mme la Duchesse d’Orléans, autour de laquelle se forme un grand cercle de femmes qui ne parlent pas non plus. De temps en temps, on entend la voix de Mme la Princesse Royale, adressant une ou deux phrases aux dames qui se trouvent auprès d’elle, ou bien indiquant des places aux personnes qui arrivent. Monseigneur reçoit à la porte : c’est-à-dire qu’il incline la tête avec dignité pour saluer ceux qui entrent dans son salon ; il ne dit pas grand’chose, mais il gronde ceux qui n’arrivent pas à l’heure indiquée sur ses invitations. Il a, en outre, la mauvaise habitude de parler plutôt aux petites Anglaises, ou bien à d’obscurs personnages, qu’aux gros bonnets. Avant son mariage, cela était pardonnable, mais aujourd’hui, dans le salon de la duchesse même, ces distractions sont fort choquantes et on contradiction avec cette atmosphère de Cour et de cérémonial que Son Altesse Royale aime à respirer.

A la Cour, personne ne doute plus de la grossesse de Mme la Duchesse d’Orléans ; on dit qu’elle est grosso de trois mois ; dans la société, on en doute encore. Le faubourg Saint-Germain fait montre dans cette occasion de sa méchanceté ordinaire.


4 mars. — M. de Talleyrand, en dépit des instances que Mme de Dino lui a faites, de ne point parler à l’Institut pour honorer la mémoire d’un des membres de la Compagnie, M. Reinhard, qui