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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/342

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petite-belle-fille, etc., etc., cela vaut bien le titre de comte d’empire des Sellon. On va donner pour moi à la Comédie tous les chefs-d’œuvre allemands ; je suis ici sûrement pour quinze jours et peut-être vingt. Écris-moi toujours chez M. Desport. Je t’envoye la copie d’un billet du duc régnant à moi, pour que tu voyes qu’on traite bien ton pauvre chat. Montre-le à ma cousine et & M. Diodati.

« Madame,

« Ayant l’honneur de vous renvoyer la feuille du J. d. d. ( ? ), j’ai encore celui de vous remercier, Madame, de l’indulgente bonté avec laquelle vous voulez bien recevoir les hommages de notre respect et de notre admiration, sentiment que je partage vivement avec les habitans de Weimar : je ne puis que désirer avec ardeur que vous daigniez, Madame, distinguer les miens du reste de la foule et me croire particulièrement, Madame,

« Votre très humble et très obéissant serviteur,

« CHARLES-AUGUSTE. »


Weimar, ce i9 décembre.

Ce qui a une triste influence, ce sont les lettres ; voilà deux courriers que je n’en reçois pas de toi ; ta dernière lettre est du 2 décembre, et voici le 19 ; je n’ai de ma vie été à 17 jours de toi. Tu as beau me dire que je ne dois pas être inquiète du silence, je le suis extrêmement, et je te conjure de m’écrire que tu as fait donner à Mlle Geffroy [1]sa parole de m’écrire un mot tous les quinze jours ; je l’en avais priée, et je ne sais pourquoi elle ne le fait pas ; je vais écrire à ma cousine, mais à quelle distance je suis ! Ma fille n’est qu’enrhumée.


Weimar, ce 21 décembre.

J’ai une lettre de toi, cher ami ; tu ne peux pas sentir le plaisir que me fait l’adresse de ta main dans cet éloignement. Jamais un courrier ne manque que je ne sois agitée par mille douleurs, et, quand la lettre est là, j’oublie sa longue date et je suis gaie pour deux jours. L’excessive prévenance qu’on veut bien me témoigner ici a un peu remonté mon âme. J’avais presque du doute, un doute aigu et pénible sur ce que je vaux, et ces.excellentes personnes ont remis du calme dans mon âme. Je suis invitée tous les jours à dîner à la Cour. Je refuse deux fois par semaine, et j’y soupe trois fois ; je vais trois fois par semaine au spectacle dans la loge de la duchesse, et le reste du temps, les femmes et les hommes de lettres me disent des choses aussi douces que celles que tu me dirais, et tu sais bien que c’est là ce que je puis exprimer de plus fort et de plus gracieux. Si cette ville était une capitale ou si, tout au moins, le climat en était beau, on s’y trouverait fort doucement, mais c’est un climat plus rude que celui de Genève, parce qu’il n’y a point d’intervalles et que la neige et le froid y sont continuels. Il en résulte que je n’ai pas osé faire sortir ma fille parce qu’elle est un peu enrhumée. Une autre raison s’y est opposée aussi ; elle a pris le plus bénignement du monde une maladie très

  1. Mlle Geffroy était une sorte de femme de charge ou de demoiselle de compagnie qui tenait la maison de M. Necker.