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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/334

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Et Maclaud, de continuer imperturbable :

— La fièvre… je ne connais pas du tout… Ah ! vous voulez peut-être parler de la quinine ? Oh ! la quinine, monsieur, a tué bien des gens !

Castellani a pris cette affirmation pour argent comptant ; depuis, il n’en veut pas démordre : la quinine seule est redoutable.

Cette conversation avait déjà sérieusement ébranlé la confiance de notre peintre en tout ce qu’on lui avait raconté sur l’Afrique. Un deuxième fait, extraordinaire et pourtant véridique, acheva l’œuvre commencée par Maclaud.

Castellani était depuis quarante-huit heures à Loango, ou plutôt à la recherche de Loango, car il ne pouvait comprendre comment ces quelques masures dispersées sur un plateau sablonneux représentaient une ville ; il méditait sur les capitales africaines, quand un commerçant vint lui proposer de contempler un boa prisonnier dans une caisse. On venait justement de servir une poule au reptile.

« Un boa ! s’écria Castellani ; un constrictor ! » S’il voulait le voir ? quelle question ! Il y vole, et du premier coup d’œil, qu’aperçoit-il ?… La poule en train de manger le boa !

Parfaitement. Si invraisemblable que cela paraisse, la poule mangeait le boa. Ce pauvre constrictor, gêné dans sa caisse, ou mal éveillé, avait nonchalamment avancé la tête vers la poule. Celle-ci, apercevant les deux yeux qui brillaient, de deux coups de bec les avait crevés. Le boa avait reculé ; la poule s’était avancée, de plus en plus agressive, après les yeux avait attaqué le crâne, si bien qu’elle était en train de traiter l’énorme serpent comme un simple vermisseau. Peut-être fut-elle écrasée par les contorsions et les bonds désordonnés de son ennemi ?… Castellani ne voulut pas en savoir plus long. Il revint, plongé dans une joie intense. C’en était fait, il ne croyait plus à rien. La fièvre n’existait pas, c’était la quinine qui tuait. Les boas… c’étaient les poules qui les mangeaient ! L’Afrique n’était qu’un vaste bluff !

Les rapides le feront peut-être changer d’avis ; il sera bien forcé de constater leur existence ; à moins que la fièvre ne se charge de lui prouver que tout n’est pas un mythe sur le continent noir.