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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/328

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Cette œuvre gigantesque, il l’accomplit presque sans autre ressource que le dévouement de ses intrépides collaborateurs, le docteur Balley, MM. Fourneau, Ghavannes, Dolisie, Jacques de Brazza, le capitaine Decazes, pour ne citer que ceux de la première heure ; il y dépensa sa fortune, il y sacrifia sa santé.

Il disait : Il faut être plus dur pour soi-même que pour les autres. Ce principe, il le mit toujours en pratique.

La liste serait longue des souffrances endurées par lui, des dangers que seuls peuvent connaître ceux qui l’ont accompagné. Ceux qui ont suivi ses traces sont à même de les deviner. Quand il en parlait, il le faisait avec cette simplicité qui était un des charmes de cet énergique.

« Un jour qu’une pirogue avait chaviré dans les chutes de l’Ogooué, raconte-t-il, nous dûmes travailler longtemps dans l’eau pour sauver le chargement. Je gagnai à cet exercice une dysenterie qui me rendit plus maigre encore que je n’étais. Par-dessus le marché, je m’étais blessé assez sérieusement au pied gauche sur une roche. Un charlatan de l’endroit appliqua sur la plaie un diable d’onguent qui me fit enfler le pied gros comme la jambe. Privé de médicamens, je pris mon couteau et taillai dans le morceau jusqu’à un centimètre de profondeur, supprimant tout ce qui n’avait pas une jolie couleur de chair fraîche. J’en fus quitte pour deux mois d’inaction. »

Une autre fois, il fut attaqué à l’improviste au milieu d’un village ; les balles sifflaient de tous côtés, six de ses compagnons avaient été blessés immédiatement. « La situation laissait à désirer, » écrit-il simplement.

Lorsqu’en 1897, il revint définitivement en France, il n’avait que quarante-cinq ans, sa santé était ruinée et, huit ans plus tard, il succombait ; mais son nom était entré dans l’histoire.


SUR LE NIARI-KOUILIOU
DE LA CÔTE A KAKAMOÉKA

Le 2 juillet 1896, le vapeur le Fiote, de la Société d’Études Le Chatelier, m’embarque pour me conduire à quelques kilomètres au Nord de Loango, à l’embouchure du Niari, la rivière qui dans son cours supérieur porte le nom de Kouiliou.

Je me suis décidé à remonter le Niari et à essayer de