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les populations se soulevèrent, et les soldats, mourant de faim, se révoltèrent à leur tour.

Marchand connaissait trop bien l’Afrique pour commettre une semblable faute, il connaissait aussi les tirailleurs, et était certain de passer partout avec 150 d’entre eux ; il suffisait d’emporter les marchandises d’échange destinées à les faire vivre.

Là encore, la connaissance de l’Afrique était nécessaire. Les marchandises demandées par un pays ne sont pas celles que réclame le pays voisin. Mais comment savoir les goûts des régions où l’on n’est pas encore allé soi-même ? Les récits des explorateurs vous renseignent, on compulse tous ceux qui ont trait soit aux contrées que l’on doit traverser, soit aux contrées limitrophes. Et encore, ces récits ne donnent pas une certitude, car, chez les noirs comme chez les blancs, la mode subit des variations. Où les perles rouges étaient appréciées, les perles blanches seront en faveur ; où la guinée bleue était en honneur, le calicot blanc aura désormais la vogue, à moins que ce ne soit le coton écru.

Il est impossible de déterminer exactement ce qu’il faut emporter ; tout un assortiment de marchandises est indispensable. En certains points le cuivre jaune a seul cours ; on se munit de ballots de fil de laiton à couper sur place en barrettes plus ou moins longues suivant les villages. Partout le sel et la poudre sont recherchés. Pour les Musulmans, on prend des corans et des chapelets. Enfin, il ne faut pas oublier les cadeaux consacrés aux chefs, c’est-à-dire des burnous, des couvertures, des tapis, des sabres, des galons d’or, des étoffes riches telles que le velours, la soie brochée et les satins ; et comme il est toujours utile de se faire bien venir des femmes, on complète ce bazar avec des glaces, des colliers de perles, des boules d’ambre vrai et faux, du corail, des rubans et de la parfumerie.

Le reste du convoi peut être organisé sans connaissances spéciales ; la durée approximative de la mission et la pratique permettent de déterminer le nombre des charges de vivres, de médicamens, de papier, de bougies, d’allumettes, car il faut tout prévoir. Une fois le détail arrêté, on fait l’acquisition de tous ces produits du commerce et de l’industrie, qui constituent un magasin de nouveautés, d’épicerie, de quincaillerie, de parfumerie et de pharmacie !

C’est le moment où l’on court les fabriques, les dépôts, où