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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/239

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attention. Le Mexique s’y impose aujourd’hui. C’est un pays à plaindre que le Mexique ! Il aurait, par don gracieux de la nature, tout ce qu’il faut pour être riche et prospère, mais il est déchiré par ses divisions intérieures, qui y prennent vite le caractère le plus brutal, et il n’a pas trouvé jusqu’ici le gouvernement qui pourrait lui donner la paix intérieure, le calme, la sécurité. Pendant plus d’un quart de siècle, cependant, ces bienfaits lui ont été presque assurés. Le Mexique avait rencontré ce que les anciens appelaient un bon tyran, dans la personne d’un homme supérieur, le général Porfirio Diaz. Mais, si c’est là une forme de gouvernement, elle est tout empirique et provisoire : après avoir duré plus ou moins longtemps, elle prend lin brusquement, sans même attendre toujours la mort de l’homme providentiel. C’est ce qui est arrivé au Mexique quand Porfirio Diaz est devenu vieux. L’énergie chez lui n’a plus été aussi grande, tandis que celle de ses compétiteurs le devenait davantage ; il a été renversé, chassé, et est venu demander un refuge à la vieille Europe, laissant son pays en proie à l’anarchie. A peine avait-il disparu que plusieurs prétendans se le sont disputé comme une proie, et on a dit alors avec une amère ironie que le Mexique était revenu à son état normal.

Un moment, Madero a paru émerger du désordre, mais bientôt les factions se sont déchaînées contre lui, et il a péri assassiné. Il a été remplacé par Huerta, qui l’avait trahi et qu’on a accusé de n’avoir pas été étranger à sa mort. Quoi qu’il en soit, Huerta, homme à coup sûr sans scrupules, mais énergique, et qui, s’il ne valait pas plus que ses compétiteurs, ne valait probablement pas moins, s’est emparé du pouvoir et s’est proclamé président de la République. On lui a reproché de n’avoir pas observé pour cela les formes constitutionnelles, ce qui est en effet probable, mais ne l’aurait pas été moins de la part d’un de ses concurrens. Ceux-ci se sont arrogé le beau nom de Constitutionnalistes et ont ouvert la campagne contre Huerta. Le Mexique a été une fois de plus mis à feu et à sang. Les Constitutionnalistes en occupent une grande étendue, à partir de la frontière du Nord qui confine à celle des États-Unis ; mais Huerta est maître de Mexico et il incarne le gouvernement de fait, sinon de droit, qui représente le Mexique aux yeux du monde. Il a donc demandé aux gouvernemens européens de le reconnaître et, comme ils sont peu difficiles dans un cas pareil, avec un pays pareil, ils étaient en somme tout disposés à le faire, et quelques-uns même l’avaient déjà fait, lorsque le président des États-Unis, M. Wilson, a arrêté ce mouvement d’adhésions en déclarant que, pour son compte, il ne