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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/237

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surplus, comme la réalisation en est actuellement impossible, le mieux est de ne pas la poursuivre. Les Anglais répugnent à un engagement de ce genre, non pas qu’ils reculent devant les conséquences qu’il pourrait entraîner ; ils les envisagent au contraire avec un parfait sang-froid et se tiennent prêts à y faire face, si l’occasion s’en présente ; mais il n’est pas dans leurs habitudes de se lier en vue d’une éventualité qui n’est pas encore arrivée. Peut-être craignent-ils que de ces engagemens réciproques, une fois qu’ils sont pris, ne résulte une confiance excessive qui pourrait causer certains entraînemens. L’histoire des dernières années montre à quel point cette crainte, si elle existe, est chimérique. L’alliance de la France et de la Russie d’une part et, de l’autre, celle de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie n’a poussé aucun de ces pays à l’imprudence ; ils se sont au contraire contenus mutuellement et l’équilibre des alliances a été en fin de compte une des meilleures garanties de la paix. Mais, qu’elle provienne d’un préjugé ou non, il faut prendre la disposition des Anglais telle qu’elle est et s’en accommoder. Le gouvernement radical actuel est peut-être plus éloigné qu’un autre d’une alliance formelle et l’éloignement qu’il a pour les traités secrets lui rendrait plus difficile d’en contracter une. Mais qu’importe ? Toutes les fois que nous avons été l’objet d’une menace, l’Angleterre ne s’est-elle pas rangée à nos côtés et ne nous a-t-elle pas apporté un concours moral qui a été efficace ? Il n’y a pas lieu de croire que ce qui a été suffisant dans le passé ne le sera plus dans l’avenir. Sans doute, si une provocation venait de notre part, l’Angleterre réserverait sa liberté ; mais, comme une pareille éventualité ne se produira certainement pas, nous restons rassurés et confians. Aussi, n’est-ce pas chez nous qu’a surgi l’idée de substituer l’alliance à l’entente : c’est, semble-t-il, dans la presse russe qu’il en a été question pour la première fois et il ne faut d’ailleurs voir là que l’exagération d’une idée juste. L’opinion russe s’est préoccupée de ce qu’il y avait d’un peu vague, d’un peu aléatoire, dans sa propre entente avec l’Angleterre, et peut-être avait-elle raison. L’entente de la Russie avec l’Angleterre est postérieure à celle que nous avons conclue nous-mêmes avec cette Puissance, et elle n’a peut-être pas encore donné lieu, sur tous les points, à l’échange de vues qui s’est poursuivi entre Londres et Paris. S’il en est ainsi, il y a là une omission à réparer, une lacune à combler : il importe, en effet, que, quoi qu’il arrive, on ne soit jamais pris au dépourvu. Alors la Triple Entente sera arrivée au plus haut degré de perfection qu’elle puisse atteindre, et nous ne voyons pas en quoi elle