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l’astrophysique et surtout à la spectroscopie que nous devons une connaissance un peu exacte de la constitution physique du Soleil. Ces méthodes nous ont fait connaître la physiologie, si j’ose dire, de cet immense organisme dont nous connaissions à peine auparavant l’anatomie.

On sait que la lumière du Soleil tombant sur une fente fine, et étalée dans le spectroscope qui permet d’en analyser et d’en disséquer les élémens, se présente sous la forme d’une bande lumineuse continue, présentant les diverses couleurs de l’arc-en-ciel, parsemée d’une multitude de raies fines et noires dont la position est sensiblement constante. Elles correspondent aux divers corps simples chimiques qui se trouvent dans l’atmosphère du Soleil, tout près du disque éblouissant dont nous recevons la lumière et qu’on appelle pour cela la photosphère. On n’avait jusqu’à ces dernières années réussi à produire un spectre artificiel analogue à celui du Soleil, qu’en plaçant des gaz incandescens devant une source lumineuse solide ou liquide plus chaude qu’eux et rendue elle-même incandescente par la chaleur, et qui seule fournissait un fodd spectral continu comme lui. On en avait déduit que les espèces de nuages lumineux sans cesse en mouvement qui forment la photosphère et que décèlent fort bien, dans leurs détails, les admirables photographies de l’observatoire de Meudon, sont composés de particules solides ou liquides.

Mais il y avait là une chose bien singulière : la température de la photosphère a été trouvée, comme nous le verrons, très supérieure à la température de volatilisation de tous les élémens chimiques connus, et on ne savait comment sortir de cette contradiction. Des recherches récentes permettent d’y échapper, car elles ont montré que les raies spectrales brillantes des gaz, qui sont nettes et fines lorsque la pression est fine, s’élargissent dès qu’elle s’accroît et jusqu’à se rejoindre et à donner un spectre continu. On tend donc aujourd’hui à penser que tout le Soleil, y compris sa photosphère, est entièrement gazeux.

Nous ne savons pas grand’chose sur ce qui se passe au-dessous de la photosphère. Celle-ci nous masque l’intérieur du Soleil de même que les nuages nous cachent la surface de Vénus ou de Saturne. Comment pourrait-on s’étonner d’ignorer à peu près tout dans cet ordre d’idées quand nous ne savons rien de positivement observé sur ce qui existe dans l’intérieur de notre Terre, à moins de deux kilomètres sous nos pieds. Une chose est certaine en tout cas, car la mécanique la démontre d’irréfutable façon : c’est qu’il doit régner au centre du