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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/205

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le roi Carol pouvait beaucoup pour maintenir l’équilibre. Il ne lui a pas ménagé les témoignages de satisfaction : le bâton de maréchal, la perspective d’un mariage qui unirait les deux familles régnantes ont marqué aux yeux de tous l’évolution qui s’est opérée. D’autre part, la politique autrichienne a irrité les Roumains. Il paraît avéré que, par haine de la Serbie, elle n’a cessé d’encourager les Bulgares dans leurs projets de domination et qu’elle a une grande part de responsabilité dans la seconde guerre balkanique. Or celle-ci a porté au plus haut degré l’inquiétude de la Roumanie, qui voyait là une menace de rupture de l’équilibre entre les alliés de la veille, devenus les ennemis acharnés du lendemain. Elle s’est décidée à mobiliser. Et ce n’est pas le gouvernement seul qui a pris cette résolution. L’opinion publique, avec une clairvoyance rare chez les foules, s’est prononcée énergiquement pour la marche en avant. Tout le monde sentait que l’heure était décisive et qu’il fallait montrer à des voisins devenus trop ambitieux que la question ne se réglerait pas sans que les 7 millions d’hommes qui forment l’agglomération la plus homogène de cette partie de l’Europe fissent entendre leur voix.

Nous assistâmes alors à ce spectacle, nouveau dans le monde, d’une armée qui envahit le territoire de ses voisins, sans que pour ainsi dire ceux-ci offrent de résistance, et d’un Etat qui obtient satisfaction sur toute la ligne sans verser le sang de ses sujets ni celui de ses adversaires. On a voulu faire un grief à la Roumanie de la facilité apparente avec laquelle elle a obtenu, à la suite de cette guerre en dentelles, le double résultat de s’assurer une rectification de frontières et d’imposer la paix aux trois Puissances qui avaient commencé une guerre fratricide. Ce reproche ne nous semble nullement fondé. Lorsque l’armée roumaine franchit le Danube, personne ne savait si les Bulgares n’allaient pas faire front contre elle et lui opposer une résistance sérieuse. C’est à la merveilleuse rapidité de ses mouvemens et au déploiement imposant de forces considérables qu’a été due la résolution prise par le roi Ferdinand de ne pas entamer la lutte. A ce moment, tout était à craindre. Le mérite d’avoir pris une décision énergique à la minute opportune et de l’avoir exécutée avec vigueur n’est pas à dédaigner. L’Europe doit être reconnaissante au Roi et à la nation qui ont jeté 500 000 hommes au Sud du Danube pour amener la signature