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La Roumanie et la question agraire


I

L’antique colonie romaine qui a résisté à toutes les invasions et qui, comme un rocher battu des flots mais jamais entamé, a maintenu la race et l’esprit latins au milieu du monde slave et mongol, la Roumanie, attire aujourd’hui plus que jamais l’attention de l’Europe. C’est à elle que nous devons les bienfaits de la paix : sans son intervention aussi énergique qu’opportune, la Bulgarie et la Serbie seraient peut-être encore aux prises à l’heure où nous écrivons ; la Grèce et la Turquie auraient été entraînées de nouveau dans la lutte, et une troisième guerre balkanique désolerait le Sud-Est de notre continent. Depuis plus d’un an, les hommes d’Etat de Bucarest suivaient avec une anxiété bien compréhensible la marche des événemens ; à plus d’une reprise, ils avaient songé à mobiliser : la sagesse du roi Carol s’était opposée à des décisions prématurées. Ce souverain qui, après l’empereur d’Autriche, est le doyen des princes régnans, considérait avec raison qu’il convenait de laisser se dérouler les premières péripéties du draine avant de faire entendre la voix de son pays ; le Cabinet conservateur qui était au pouvoir a Bucarest partageait sa manière de voir. Mais, au printemps de 1913, lorsque la Bulgarie victorieuse se retourna contre ses alliés de la veille, et