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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/168

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autrement, puisque les laïques les moins suspects d’ultramontanisme s’accordent aujourd’hui à reconnaître qu’elle tendait à annuler son autorité. Néanmoins les délais dont il a usé avant de la condamner formellement, les négociations, — dilatoires si l’on veut, mais non nécessairement illusoires, — auxquelles il s’est prêté jusqu’à la fin, attestent un ferme propos de ne pas rompre avant que tout espoir d’accommodement soit épuisé. C’est abuser de l’embarras où sa qualité de souverain temporel pouvait parfois mettre le souverain pontife que de voir dans l’affaire d’Avignon une cause déterminante de ses hésitations : nous avons remarqué qu’il a précisément rompu au moment où il obtenait satisfaction sur ce point. Supposer d’autre part que ses atermoiemens n’avaient pour but que de lui laisser le temps d’amener à la résistance les prélats trop disposés à accepter la Constitution civile, c’est exagérer la défiance qu’il pouvait avoir à l’égard de quelques-uns d’entre eux. Il savait au contraire, et Bernis était là pour le lui souffler au besoin, qu’il serait obéi dès qu’il aurait parlé. C’est plutôt en ne parlant pas qu’il permettait aux indécis et aux timorés de se croire libres d’adhérer aux exigences de la loi civile, sans capitulation de conscience. Comme le dit un jour l’abbé Maury à l’Assemblée, « le silence du Pape serait une approbation. » Son silence provisoire risquait donc de passer pour une approbation provisoire. II est d’ailleurs excessif de tant parler d’atermoiemens. La diplomatie pontificale, étant données ses traditions, n’a pas fait preuve d’une particulière lenteur dans cette circonstance. Elle n’a pas suivi le train qu’on menait à Paris, mais n’est-ce pas celui-ci qui était anormal ?

C’est la Constituante qui a précipité les événemens et provoqué la rupture, sans la vouloir au fond, mais en agissant comme si elle la voulait. En politique, l’intention ne peut absoudre le fait. Les hommes de la Constituante croyaient à leur omnipotence et à leur infaillibilité en toute matière. Ils étaient en cela les produits de leur siècle, les produits du rationalisme abstrait, simpliste et autoritaire, dont l’esprit jacobin sera le dernier terme. C’est ce qui explique leur inintelligence des questions pratiques et des questions de conscience en particulier. A ceux d’entre eux qui ont la science du dogme, il manque la notion du sentiment religieux. « La France du XVIIIe siècle, remarque M. Salomon Reinach, n’est pas tout