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autres meilleurs patriotes ou plus circonspects. » Le Comité ecclésiastique montre peu d’empressement à s’engager dans cette voie. Il cède le pas au « Comité des recherches, » sans lui refuser sa collaboration au moins nominale. Le 26 novembre, le décret sur le serment était proposé et il sera voté sans désemparer le lendemain.

Entre le vote par l’Assemblée et la sanction par le Roi, on ne laissa pas davantage aux dernières tentatives de conciliation le temps d’aboutir, si peu de chances qu’elles eussent encore d’y réussir.

Nous avons vu que le 23 décembre, avant le retour possible du courrier, arrivé à Rome le 14, Camus obtient qu’une démarche soit faite auprès du Roi par le président de l’Assemblée pour s’enquérir des motifs qui retardaient la sanction et pour le prier de la donner sans retard. Les motifs, le Roi ne pouvait les faire connaître, puisque l’Assemblée voulait ignorer officiellement les démarches tentées auprès du Pape. Sa réponse resta vague et ne pouvait pas ne pas l’être. Le soir même, Camus revient à l’assaut et fait voter la motion suivante, « L’Assemblée nationale décrète que son président se retirera demain vers le Roi pour le prier de donner, sur le décret du 27 novembre dernier, une réponse signée de lui et contresignée par le secrétaire d’État. » On ne voulait pas laisser à la réponse du Pape le temps d’arriver, pour bien montrer qu’elle ne devait avoir aucune action, même apparente, sur les décisions de l’Assemblée.

L’aveu explicite de ce calcul se trouve dans une lettre du représentant Gaultier de Biauzat à ses électeurs de Clermont-Ferrand : « Le retard de la sanction, dit-il, est l’effet d’une imprudence ou d’une fausse démarche ; c’est que le Roi a écrit à Rome et que le courrier ne peut être de retour que le 24 ou le 26 de ce mois. L’on ne doute pas que, quel que soit l’avis du Pape, le décret sera sanctionné ; mais l’on improuve qu’on ait pris ce parti qui pourrait faire croire à quelques personnes qu’on a jugé l’avis du Pape nécessaire pour la validité du décret, du serment ou de la sanction. Nous travaillons actuellement avec quelques-unes des personnes qui approchent le plus près du Roi pour obtenir la sanction avant l’arrivée du courrier. » Cette lettre est du 14 décembre, et Biauzat ne l’écrit pas au hasard, car il est de ceux qui dans cette œuvre jouèrent un