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la charge. Comme les huit jours étaient passés, Durand de Maillane, président du Comité ecclésiastique, écrit de son côté au garde des Sceaux pour lui remémorer ses engagemens : s’ils ne sont pas tenus, l’Assemblée sera saisie de l’incident. Le pauvre Cicé répond que le Roi, sur les instances du Comité, a donné ordre de faire la promulgation, laquelle aurait déjà eu lieu si le Roi n’avait espéré un arrangement. Enfin, le 24, une Réputation conduite par Dupont de Nemours vient souhaiter la fête du Roi et lui rappelle cette promesse. Bien qu’aucune réponse du Pape ne fût arrivée, ce qui n’est pas étonnant puisque le courrier n’était parti de Paris que le 1er août, le Roi cède à cette pression réitérée. N’est-ce pas sur ceux qui l’ont soumis à cette pression que retombe la responsabilité de cette précipitation et de ses conséquences ?

Il en va de même dans l’affaire de la prestation de serment, cause directe de la rupture irrévocable. Ici encore, ce sont les dirigeans de la Constituante en matière religieuse qui prennent les devans, qui créent les conflits irréparables, et qui, par suite, encourent les suprêmes responsabilités « Les Constituans redoutaient, sans vouloir l’avouer, dit Ludovic Sciout, le résultat des négociations du Roi avec le Pape. » Ils se sont défendus d’une pareille arrière-pensée, et on les en défend, mais il faut bien avouer que, s’ils l’avaient eue, ils n’auraient pas agi autrement. Le Pape a demandé aux évêques leur sentiment sur la situation. Leur réponse, c’est l’Exposé des principes de Boisgelin, qui, rappelons-le, n’est parti de Paris que le 9 novembre. Déjà, le 5 novembre, Duquesnoy, un des hommes de Mirabeau, demande où en est l’application de la Constitution civile et pour quelle raison des fonctionnaires continuent de porter des titres de fonctions supprimées (c’est le cas de tous les chanoines et de certains archevêques et évêques). Le Comité ecclésiastique, par l’organe de Lanjuinais, assura qu’il s’occupait de ces questions. Le lendemain, Merlin de Douai proposait des mesures de coercition contre les ecclésiastiques récalcitrans : une privation de traitement, précisa Lavie. Le journal les Révolutions de Paris, extrêmement répandu, écrivait dans son numéro hebdomadaire du 13-20 novembre : « Par quelques exemples frappans, consternez ceux des évêques tentés de se placer en travers de la Révolution… Deux ou trois de ces messieurs traduits au tribunal du peuple et jugés par lui sans appel eussent rendu les