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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/161

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de la vieille tradition royale et parlementaire, avaient des prétentions à la théologie. Le Comité ecclésiastique se donnait des airs de Concile ou de Congrégation des rites, et faisait la leçon au Pape tout en affectant pour lui à l’occasion un respect extérieur doublé de défiance, à la manière de Voltaire, qui définissait le Saint-Père : une « personne sacrée à laquelle il convient de baiser les pieds et de lier les mains. »

Ce Comité ecclésiastique, — nous dirions aujourd’hui : la commission des cultes, — ne comprenait aucun ennemi déclaré de la religion. Il ne comprenait même pas de gallicans extrêmes ni de jansénistes irréconciliables : ni Grégoire, ni Camus, dont le nom vient toujours à l’esprit, n’en faisaient partie. Des quinze membres du Comité primitif, élu le 20 août 1789, pas un non plus n’était protestant. On y compte deux évêques, ceux de Clermont et de Luçon, dont le premier fut choisi comme président. La majorité est formée de nobles ou de curés modérés, et se groupe autour des deux prélats. Parmi les hommes de gauche, ceux qui voteront la Constitution civile, figurent d’excellens chrétiens, comme le président d’Ormesson, Lanjuinais, professeur de droit canonique, beau caractère, cœur vaillant, Breton pratiquant aux convictions indomptables, Durand de Maillane, « esprit distingué, âme droite, destiné à traverser la Révolution sans souillure, » dit M. de La Gorce. On ne voit guère là que trois « philosophes » au sens spécial du mot, dont le plus influent est Treilhard, avocat renommé du barreau de Paris, grand travailleur, cerveau très rempli, mais docile aux fluctuations du baromètre politique, « rogue d’apparence, dit M. de La Gorce, pour être souple plus à son aise. »

Cette première incarnation du Comité ecclésiastique n’avait donc rien d’hostile aux sentimens religieux, et le premier projet de réforme du clergé, élaboré par Durand de Maillane et soumis par lui au Comité dès le 23 novembre 1789, différait sensiblement de celui qui fut plus tard adopté. Néanmoins la majorité lui opposa, sinon une fin de non recevoir, du moins une force d’inertie qui équivalait à un ajournement indéfini. C’est alors que Treilhard, sous prétexte que le Comité était surchargé de travail, demanda qu’il fût renforcé de quinze membres nouveaux.

La raison invoquée était un prétexte : la véritable se trouve dans une lettre du curé Thomas Lindet, futur évêque