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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/160

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donner des conseils qu’il m’en demande, écrit-il à Montmorin, et je ; lui dis alors ma façon de penser avec les ménagemens qu’exige le caractère de Pie VI, que je connais fort bien. » Il considérait tout gagné quand il avait gagné du temps, laissait entendre au souverain pontife que la France était dans un état d’anarchie qui ne pouvait durer et lui faisait espérer que tout rentrerait bientôt dans l’ordre accoutumé. Une pareille conception de ses devoirs diplomatiques chez notre ambassadeur ne pouvait que confirmer Pie VI d’abord dans ses idées et aussi dans son inclination à ne rien compromettre par trop de précipitation.


III

Puisque la responsabilité de la rupture entre la Révolution et l’Eglise n’est imputable ni à l’intransigeance de l’épiscopat, ni à la mauvaise volonté systématique de la papauté, il reste à voir si elle ne retombe pas sur la Constituante.

Pour éviter la Confusion des idées, il faut ici distinguer soigneusement entre les intentions et les résultats. Une assemblée, comme un homme, plus facilement même qu’un homme, peut ne pas avoir les intentions de la politique qu’elle suit. Et, en ce cas, elle se défend en toute bonne foi des intentions qu’on lui prête d’après ses actes, ce qui n’empêche pas ses actes d’avoir réellement produit les résultats qu’elle n’a ni prévus ni désirés, que parfois même elle déplore. Ne serait-ce pas le cas de la Constituante ? Albert Sorel a donné de la Constitution civile une définition qui a fait fortune : « Une Eglise d’Etat instituée par des incrédules. » Pour lui la Constituante est une « assemblée de philosophes, » nous dirions aujourd’hui une assemblée « anticléricale. » Sur ce point, il semble bien que la thèse d’Albert Sorel ait été fortement ébranlée par M. Edme Champion (La Séparation de l’Église et de l’État en 1794). La plupart des constituans nous apparaissent aujourd’hui comme animés de sentimens religieux, — fortement imprégnés de gallicanisme chez presque tous, de jansénisme chez quelques-uns, mais sincères au demeurant. Ils croyaient en conscience n’avoir pas porte’ atteinte au dogme ; il est vrai qu’ils s’attribuaient de leur propre chef le droit d’en tracer les limites. Tous ces légistes, nourris