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de non recevoir. Et pourtant, à cette date, le Pape n’avait plus grand’chose à ménager ni à espérer du côté d’Avignon, car les troupes françaises y étaient entrées, et la Constituante avait décrété le 20 novembre qu’elles agiraient « de concert avec les officiers municipaux, » c’est-à-dire en fait avec les autorités insurgées contre le Pape. Et il n’y avait pas d’erreur possible sur ce point, car l’abbé Maury avait vainement demandé que l’action des troupes françaises s’exerçât de concert avec le gouvernement pontifical. Le Pape en avait été vivement affecté. Il ne voulut pas néanmoins paraître influencé par cette déconvenue. Les douze cardinaux de la Congrégation du Saint-Office déclarèrent à l’unanimité, — nous le savons par un billet autographe que le Pape adressa le soir même à Bernis : — que le Pape « ne pouvait en conscience faire aucune concession quelconque sans les explications convenables et nécessaires. Mais ils ont tous conclu unanimement, ajoute Pie VI, qu’il fallait faire des réponses paternelles aux évêques, en autorisant ceux-ci à nous proposer eux-mêmes les articles qu’ils croiront absolument nécessaires et susceptibles d’être autorisés par nous. »

Ce n’était pas une réponse négative. Ce n’était pas non plus une ouverture vers un accord, car les évêques avaient déjà fait connaître leur sentiment, et même à deux reprises. Le leur demander à nouveau était pour le moins une superfétation. La négociation piétinait. Mais elle continuait. Malheureusement, avant que cette réponse pût arriver à Paris, un nouveau degré vers la rupture inévitable avait été gravi. On attendait le retour du courrier pour le 27 décembre. Dès le 23, l’Assemblée pressait le Roi de sanctionner le décret sur le serment par une démarche de son Président, et Louis XVI le signa le 26, se considérant comme contraint. Cette fois, la diplomatie avait épuisé ses moyens. Le Pape, bien qu’il eût obtenu satisfaction pour Avignon par le retrait des troupes françaises (décret du 16 janvier), va rendre publique la condamnation de la Constitution civile, déjà exprimée par lui dans le secret des consistoires et des chancelleries, dès le 29 mars et le 10 juillet. Du reste, le refus de serment opposé par plus de la moitié des curés et la presque totalité des évêques levait ses derniers doutes, non sur le bien fondé de la condamnation, mais sur son opportunité. C’est le 10 mars que fut expédié le bref qui ne laissait plus place à rien d’autre qu’à la guerre religieuse.