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de tant de frais et surtout de tant d’ennui. Nous nous sommes séparés à une heure pour nous retirer dans nos chambres.


Chalsworth, 3 novembre. — Il y a eu, hier, au château, grand dîner ; nous étions, si je ne me trompe, vingt-cinq personnes. La table était longue, et tout le monde, assis autour, avait grand appétit. Pour moi, j’en avais autant que les autres, car je venais de faire une grande et belle promenade dans le parc. Après diner, nous nous sommes transportés dans le musée et le jardin d’hiver, splendidement éclairés. La musique était placée, comme tous les jours, dans un des salons anciens. Nous ne l’avons pas trop écoutée : les uns causèrent, les autres jouèrent au whist, ou regardèrent de superbes ouvrages et gravures.

Vers minuit, le duc reçut de son intendant un petit billet, dans lequel il lui mandait qu’une des sous-blanchisseuses donnait un bal, dans l’endroit même où l’on blanchit le linge ordinairement, et lui conseillait d’y aller, s’il avait envie de rire un peu. Le duc ne se décida pas d’abord, il me dit que c’était par trop mauvais et qu’il ne voulait, par conséquent, point que j’y allasse. Tout le monde avait déjà quitté les salons, je fis donc de même pour aller me coucher. A peine étais-je dans mon lit, que Cavendish arriva me dire que le duc était au bal et qu’il m’engageait à y venir. Je me suis donc levé et, après avoir fait une toilette de bal, je me suis rendu à cette fameuse fête.

Pour y arriver, mon courrier me mena par un labyrinthe de galeries voûtées, de souterrains très obscurs et par une cour : il pleuvait à verse et j’étais nu-tête. J’arrive enfin dans une grande chambre, remplie de fumée de tabac accompagnée d’une odeur d’eau-de-vie et de celle de l’humanité transpirante et autre. Les murs de cette pièce sont en pierre de taille brute, deux colonnes au milieu en supportent le plafond. Les huches étaient mises de côté dans un coin, mais les robinets autour du mur nous indiquèrent bien clairement où nous étions. Quelques planches posées d’une colonne à l’autre formaient les banquettes. C’est là que le duc s’est placé avec nous.

Nos dos étaient appuyés contre une grande table, sur laquelle il y avait quelques cruches de bière, une chandelle et un verre contenant des allumettes. Autour de cette table, et autour d’une autre placée un peu plus loin et garnie de la même façon, étaient assis des palefreniers, des cochers et leurs amis, fumant,