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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/141

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l’un a épousé une des sœurs de la duchesse de Sutherland et, par conséquent, la fille de lady Carlisle, sœur du duc de Devonshire. Le duc me présenta à elle et à sa belle-sœur, toutes les deux fort jolies, Mme Cavendish surtout : elle a une taille noble et gracieuse, une figure très régulière d’une expression charmante. Lady Barington me rappelle beaucoup la duchesse de Sutherland ; elle est moins raide, à la vérité, mais aussi a-t-elle moins de grâce dans l’esprit et beaucoup moins d’instruction.

La troisième dame, qui se trouvait dans le salon, était lady Marlborough, que j’ai beaucoup connue à Rome ; alors elle s’appelait lady Kinnaird. Elle n’est pas jolie, mais spirituelle et surtout très aimable. Nous nous sommes mis à parler de ce temps passé à Rome, de tout le monde élégant et aimable qui s’y trouvait réuni, tels que la mère du duc de Devonshire, si spirituelle, si bonne, si grande amie de Consalvi, la princesse de Liéven, Mme Récamier, lord Dolley and Leicester, lady Mary Stanley, lady Belfast, belle et très recherchée dans le monde de Londres, lady Francis Gover, belle-sœur du duc de Sutherland, lord Kinnaird, si fameux par son esprit et son opposition au duc de Wellington, la comtesse Dolly de Ficquelmont, le duc et la duchesse de Hamilton, le premier faisant sa cour à la princesse Borghèse, le duc de Laval, lord Normanby, maintenant vice-roi d’Irlande et milady, lord Hastings, vice-roi des grandes Indes et milady, et beaucoup d’autres personnes plus ou moins distinguées et aimables ; en fait de princes, le roi de Bavière d’aujourd’hui, le prince Wasa, le margrave Guillaume de Bade et le roi des Belges d’aujourd’hui, la reine d’Étrurie, le duc de Lucques, le prince de Hesse, le prince Gustave de Mecklembourg. Je ne parle pas de Wallmoden, du prince et de la princesse Rasoumowski, de Mme de Thürheim, du duc de Rohan, des cardinaux de Tonnerre et de La Fare, de M. de Marcellus, de lady Acton et de tant d’autres.

Après dîner, c’est-à-dire à neuf heures et demie, car les hommes restent à table après les dames, on a servi le café, puis, une heure plus tard, le thé, et pendant toute la soirée, la chapelle du duc a exécuté des opéras de Rossini, de Meyerbeer, de Caraffa, de Bellini et autre musique italienne, tout cela en grande perfection ; néanmoins, on causait, on criait même, car le duc est sourd ; moi, je crie plus fort, prétend-on, que tout le monde et, malgré cela, il ne me comprend pas toujours.