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Sainte-Aulaire ; puis on a communiqué cette démarche à l’Ambassadeur, qui, à son tour, en a fait son rapport au prince de Metternich. Tout refus de notre part me parait chose impossible.

Cette affaire est tenue ici très secrètement, il n’y a que les personnes indispensables à sa coopération qui en soient instruites. Le Duc d’Orléans a dit à l’Ambassadeur que la seule personne vis-à-vis de laquelle il lui était pénible de se taire, c’est le prince de Talleyrand.

— Mais, a-t-il ajouté, je ne veux pas qu’il en soit instruit, avant que la réponse ne vous arrive de Vienne. Au reste, tout ce que l’Empereur voudra décider dans sa haute sagesse sera un ordre pour moi auquel je me conformerai avec la plus grande soumission.

Le langage du Duc de Nemours, dans cette occasion, est moins humble que celui de son frère. Il m’en parla dernièrement, d’un air assez piqué, en me disant qu’il ne voyait pas de notre part un grand empressement à leur être agréable puisque, déjà une fois, c’est-à-dire l’année dernière, ils avaient projeté de faire ce voyage, mais que feu notre Empereur avait trouvé bon de leur conseiller de le remettre indéfiniment.

— Monseigneur, lui ai-je répondu, doit savoir par expérience qu’un souverain ne peut pas toujours faire ce que son cœur désire, qu’il a souvent à consulter l’opinion publique, et cette opinion ne peut être pressentie qu’avec beaucoup de précaution et, par conséquent, pas du jour au lendemain.


22 avril. — La passion des courses de chevaux prend tout le monde : c’est jusqu’aux Ducs d’Orléans et de Nemours qui ont couru dans leur parc du Raincy. C’est une malheureuse passion, aussi dangereuse qu’inconvenante pour les princes. Les Ducs d’Orléans et de Nemours étaient en costume de jockey, dans leur propre livrée. Le Duc de Nemours a gagné, le Duc d’Orléans a été jeté par terre avec son cheval. Walewsky est tombé si rudement sur la tête qu’il est entre la vie et la mort. Quel ravissant plaisir !


27 avril. — J’ai fait ma visite à la Reine, le lendemain de son arrivée de Bruxelles. Le Duc d’Orléans qui, ce jour-là, voulait aller à Chantilly pour assister aux courses de chevaux, se porta à la rencontre de sa mère jusqu’à Senlis, petite ville près