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du temps passé, et qu’elle ne fait qu’écouter ses historiettes, je suis assez bien instruit pour savoir qu’ils sont bien occupés du présent.

La chose qui, dans ce moment-ci, préoccupe le roi Louis-Philippe et ses ministres, c’est l’accession du Duc d’Orléans au trône de son père. Il est hors de doute que le prince royal y montera, soit que le Roi périsse assassiné par les républicains, soit qu’il meure tranquillement dans son lit ; mais il ne suffit pas de se placer sur le trône, il faut encore s’y maintenir. Sous ce rapport, le Duc d’Orléans aura bien quelques difficultés à surmonter, non qu’il ne soit aussi capable, aussi fin que son père, mais les choses matérielles lui manqueront et notamment les hommes, dont la plupart sont et seront déjà usés par le Roi, avant que le fils ne soit sur le trône.

Quant aux doctrinaires, ils peuvent bien maintenir leurs principes aussi longtemps qu’il y a un peu de calme dans les esprits, mais ils n’ont pas assez d’influence sur les foules, pour les faire prévaloir, si celles-ci se mettaient de nouveau en mouvement. Dans les temps orageux, pendant que les masses populaires sont en effervescence, qu’elles sont agitées par des doctrines subversives, que les esprits sont fortement surmenés, les principes froids et pédans des doctrinaires ne se feront pas jour à travers les clameurs populaires et n’exerceront aucune influence dans les affaires.

Le Roi et les ministres comprennent parfaitement cette difficulté ; ils sentent qu’il n’y a qu’un moyen pour éviter ce danger, celui d’offrir à la France le plus de garanties possible de paix extérieure, d’ordre et de prospérité intérieure. Cette garantie ne peut être donnée à la France que par une alliance avec les gouvernemens les plus stables et les plus intéressés au maintien du statu quo ; ce n’est donc ni l’Angleterre, ni l’Espagne, ni le Portugal, mais bien l’Autriche, la Russie, la Prusse, etc., etc. Si la France pouvait parvenir à faire un traité offensif et défensif avec ces trois puissances, dont la base serait le maintien du statu quo en Europe, la royauté du Duc d’Orléans se trouverait assurée pour toujours. Ceci est l’idée intime du Roi, et Thiers et consorts, tout révolutionnaires qu’ils soient, seraient enchantés de voir réussir ce projet, car leur existence et leur position, en recevant la sanction de l’Europe entière, se trouveraient par là même affermies.